10 décembre 2007

Mgr Pierre d’Ornellas : « L’embryon humain est une personne humaine»

a9d3e405d486734747474480e4695625.jpgArchevêque de Rennes, Mgr d’Ornellas préside le groupe de travail des évêques sur la bioéthique. Dans un entretien accordé à Ouest France le 5 décembre, il a renouvelé l’appel de l’Église au respect de la conscience des donateurs par le fléchage des dons. Ce que l’AFM s’obstine à refuser.

Pour Mgr d’Ornellas, « l’Église a toujours considéré la beauté de l’embryon humain qui doit être traité comme une personne humaine et les découvertes scientifiques contribuent à donner raison à cette pensée, puisqu’il y a une continuité dans son développement et un principe d’organisation cellulaire qui est invariable. Si l’embryon est considéré comme une personne humaine, il ne peut pas être utilisé comme un objet pour la recherche ».

L’archevêque revient sur le fléchage du Téléthon, que les évêques ont demandé :

« Plus le respect des consciences des donateurs est manifesté, plus la générosité est sérieuse et moins elle est guidée par l’émotionnel. Je suis pour la générosité. Elle sera d’autant plus grande qu’elle est réfléchie et consciente. Car au fond du cœur de tout homme, je crois qu’il y a une authentique générosité. »

Revenant sur la révision des lois de bioéthique votées en 2004, Mgr d’Ornellas s’étonne que « la nature de l’embryon humain change suivant qu’il y a un projet parental ou pas » :

« Il me semble que le concept de projet parental tient précisément parce que l’embryon est susceptible de recevoir ce projet, c’est-à-dire de tisser une relation humaine, celle d’un amour humain. Mais, même en l’absence de projet parental, l’embryon humain demeure susceptible de tisser cette relation. Je pense que cela, par exemple, appelle une modification dans la loi. »

 

Source : Ouest France, 5 décembre 2007.

 

29 novembre 2007

Le clip du livre de Nicolas Journet "Génétiquement incorrect"

Philippe nous signale le clip video du livre de Nicolas Journet, Génétiquement incorrect (Ed. Danger public, 2007) : "Imaginez un monde sans..." Bien vu ! A faire connaître (cliquez sur l'image).

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Nicolas Journet est atteint d’une maladie orpheline peu connue : le syndrome de Marfan. Une anomalie génétique qui fait peser sur lui la menace permanente d’une crise cardiaque:

  "Marfan, ces six lettres sont apparues dans ma vie à l’adolescence et ne m’ont plus quitté depuis."

Renvoyé de médecin en médecin dés l’adolescence, Nicolas Journet découvre le manque de prise en charge des maladies génétiques et, surtout, le regard froid et accusateur des médecins, qui culpabilisent ses parents.

Pour le corps médical, il est impensable de mener une existence heureuse avec une anomalie génétique. Ses parents auraient dû faire un diagnostic prénatal, pour l'empêcher de naître.

Nicolas, lui, entend bien prouver qu’il a toute sa place dans ce monde. C’est au nom de ce droit à la différence, et à "l'impureté génétique", qu'il revendique, haut et fort, son envie d’avoir des enfants, sans faire de dépistage prénatal.

Comme l'écrit Jean-Yves Nau, journaliste au Monde :

"On ne présente plus le Téléthon (...)
C’est reparti mais le ton a changé. (...)
Et le ton change aussi radicalement avec cet ouvrage étonnant, dérangeant, que signe Nicolas Journet, scénariste et documentariste, souffrant d’un syndrome de Marfan. (...)
Dans un chapitre intitulé «Jésus vs Téléthon», il revient aussi sur la polémique expliquant : « le Téléthon me donne autant d’urticaire que l’épiscopat catholique ». Son message n’est ni simple ni sans intérêt. Sans être fondamentalement opposé au dépistage prénatal, il aimerait qu’ici « la société assume son rôle ». Il aimerait que l’on puisse dire clairement que la pratique du diagnostic préimplantatoire et de l’interruption médicale de grossesse sont du domaine de l’eugénisme."

 

 Voir  aussi la note Téléthon 2007, le ton change (27 novembre).

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Nicolas Journet
Génétiquement Incorrect

Ed. Danger public

coll. "Alter"

250 pages, 16,90 €

27 novembre 2007

Mgr Dominique Rey : "Nous ne pouvons pas nous associer à l'instrumentalisation de l'embryon"

4fcf5c763779e08e519c5d26390d2ce1.jpgInterrogé sur la nécessité pour l'Eglise d'alerter les consciences, comme l'a rappelé Mgr Vingt-Trois après l'assemblée plénière des évêques des 7-8 novembre, Mgr Dominique Rey revient sur les principes non négociables de l'engagement des chrétiens à propos du Téléthon. 

[Diocèse de Fréjus-Toulon, document] - "Nous ne pouvons que nous sentir solidaire de la tragédie que vivent les familles et les enfants marqués par cette terrible maladie génétique qu’est la myopathie. Les efforts considérables entrepris par les bénévoles, les associations, les écoles… qui se mobilisent pour collecter des fonds afin de lutter contre la maladie, ne peuvent que susciter admiration et encouragement.

La polémique qui s’est développée autour du Téléthon l’an passé souligne aussi les dérives dans l’utilisation d’une part des dons pour financer certaines recherches qui manipulent et détruisent les embryons, comme s’ils n’étaient que de simples matériaux de laboratoire.

Chacun doit se mobiliser face à cette maladie, avec le double souci de la générosité et du discernement.

L’Eglise a rappelé à maintes reprises le "principe non négociable" du respect de la vie de l’enfant à naître. En suivant ce principe, nous ne pouvons pas nous associer à la promotion de recherches qui instrumentalisent l’embryon. Nous demandons le fléchage des dons, et soutenons aussi les investigations prometteuses faites sur les cellules souches adultes et sur le sang du cordon ombilical, et qui respectent ce principe."

 

+Dominique Rey,

Evêque de Fréjus-Toulon 

22 novembre 2007

Recherche embryonnaire : la France s’obstine dans l’absurdité scientifique, par Pierre-Olivier Arduin

De toute part, les découvertes biomédicales confirment le non-sens scientifique des recherches sur l’embryon humain. Cette semaine, l’abandon public par le père de la brebis clonée Dolly, l’Écossais Ian Wilmut, de tout travail sur les cellules souches embryonnaires et la technique du clonage dit scientifique, est un véritable séisme. En France, la recherche sur les cellules embryonnaires se poursuit et s’accélère. L’AFM compte sur le Téléthon pour doubler ses financements. Fuite en avant ?

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LA LETTRE D'INFORMATION et d’analyse bioéthique du mois de novembre genethique.org revient sur l’inauguration par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de l’Institut des cellules souches embryonnaires I-Stem, sur le site du Genopole d’Évry. Le plus important laboratoire français d’expérimentation sur l’embryon a été créé par l’Association française contre les myopathies (AFM), l’Inserm et l’Université d’Evry, qui assurent également son financement. Son directeur, Marc Peschanski, a précisé que l’Institut a bénéficié d’un soutien de l’AFM « de 3,4 millions d’euros sur deux ans, ce qui a couvert la moitié de [ses] dépenses » (Les Echos du 25 septembre 2007). Genethique relève aussi que « le conseil d’administration de l’AFM s’est engagé sur les prochaines années, sous réserve du succès du Téléthon annuel, à doubler le montant des financements publics décrochés par le projet ».

Un partenariat a été noué avec un des trois centres français de DPI (diagnostic préimplantatoire) de manière à fournir certaines équipes d’I-Stem en embryons malades, ce qui confirme les liens troubles que peuvent entretenir entre elles les pratiques technoscientifiques, en l’occurrence le tri eugéniste des embryons et la recherche biomédicale.

Dérogation meurtrière

Cette disposition fut ajoutée à la demande de plusieurs chercheurs dans le décret du 6 février 2006 réglementant la loi bioéthique du 4 août 2004. À l’origine, le législateur a inscrit dans cette loi le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon tout en ouvrant un régime dérogatoire [1] concernant a posteriori les embryons surnuméraires congelés depuis plus de cinq ans et dépourvus de projet parental. Inutile de s’attarder sur cette absurdité : tenir en même temps que l’embryon doit être respecté pour autoriser aussitôt sa destruction. Le professeur Michel Schooyans parle de dérogation meurtrière pour qualifier cet exercice d’équilibriste aberrant.

Nous avons avec ce décret une première rupture conceptuelle avec l’esprit de la loi puisque les embryons défectueux peuvent être livrés a priori sans autre forme de procès aux chercheurs du fait même de leur maladie, étant par définition exclus de tout projet parental par le DPI. Le texte réglementaire reconnaît aussi que lorsqu’un couple met en œuvre une AMP, il peut lui être proposé « de consentir dans le même temps par écrit à ce que les embryons qui ne seraient pas susceptibles d’être transférés ou conservés fassent l’objet d’une recherche (art. R. 2151-4) ». Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune, fut le seul à l’époque à montrer le détournement de la loi qui gît dans cette précision : demander par avance et a priori aux parents leur consentement à abandonner certains de leurs embryons jugés de faible qualité biologique. On n’est plus très loin de l’intention première de créer des embryons in vitro à des fins de recherche, strictement prohibée par le droit français.

Nous ne reviendrons pas sur les transgressions éthiques que constituent toutes ces dispositions permettant de préparer les esprits à une libéralisation complète de la recherche sur l’embryon dans la loi de bioéthique qui sera révisée en 2009. C’est sur le non-sens scientifique de ces choix que nous voudrions à présent nous intéresser.

Un non-sens scientifique

D’abord l’impasse thérapeutique des cellules souches embryonnaires n’a plus besoin d’être démontrée. Concernant un hypothétique bienfait sur des malades, aucune publication de niveau international à se mettre sous la dent. Et pour cause, ces cellules sont caractérisées par une grande instabilité chromosomique au fil de leurs divisions, ce qui entraîne une possibilité accrue de développement de tumeurs. Fait totalement rédhibitoire, car aucun comité d’éthique hospitalier ne prendrait la responsabilité d’en permettre la greffe chez l’homme.

Le rapport du député Pierre-Louis Fagniez, actuel directeur de cabinet de Valérie Pécresse et lui-même favorable à une dépénalisation totale de la recherche et du clonage embryonnaires, n’a pu le passer sous silence : « Le risque de cancérogenèse après administration de cellules ES pourrait être proportionnel à leur capacité de prolifération […]. Le taux de cancers développés après injection de cellules ES est très élevé [2] ». Par ailleurs, la révélation par les médias français d’une publication dans la revue Nature Medecine du mois d’octobre 2006 montrant une expansion incontrôlée de neurones issus de cellules souches embryonnaires dans les cerveaux de souris a mis aux yeux et aux sus de tous les désillusions concernant ces entités cellulaires [3]. C’était une des premières fois qu’apparaissait de manière aussi crue dans l’espace public leur potentiel cancérigène.

Si ces faits ne semblent pas avoir émus les ministres de la Santé et de la Recherche ou les membres de l’Agence de biomédecine qui délivrent généreusement les accréditations de recherche sur l’embryon aux équipes françaises qui en font la demande [4], certains commencent à changer de fusil d’épaule. Parmi eux, de grands industriels, lesquels ne peuvent se permettre de faire les mauvais choix en matière de thérapies régénératrices étant données les sommes colossales qu’ils y investissent. Voici deux exemples révélateurs :
  • L’Oréal a présenté début octobre au Congrès mondial de dermatologie de Buenos Aires ses découvertes concernant le poil. Celui-ci s’avère être un réservoir prodigieux de cellules souches adultes. Le directeur de la biologie de ce grand groupe, Bruno Bernard, explique que « dans le follicule pileux existe une niche spécifique où se trouvent des cellules souches de différents types capables de régénérer la plupart des tissus du corps humain » (Les Echos, 25 octobre). Ces capacités prodigieuses seraient tout simplement dues au mode de renouvellement de ce tissu particulier de l’organisme humain qui dégénère et se régénère périodiquement à partir de ses propres cellules souches.

  • Le groupe LVMH-Recherche se décide lui aussi pour l’alternative des cellules non embryonnaires. Le symposium qu’il a organisé à Paris le 20 septembre 2007 a réuni nombre d’experts mondiaux en médecine régénératrice. Impossible de tous les citer. Je retiendrai l’intervention du professeur Walter, chef de service de cardiologie à Frankfort, qui a montré que les cellules souches de moelle osseuse amélioraient de manière étonnante les fonctions cardiaques de malades souffrant d’infarctus, d’ischémie des membres, de thromboses. Nos voisins outre-Rhin sont d’ailleurs passés maîtres dans la thérapie des maladies cardiovasculaires par autogreffe de cellules souches. Autre conférence passionnante : la présentation par une équipe californienne dirigée par le docteur Sharma des cellules souches amniotiques humaines obtenues après un accouchement à terme chez des mères ayant donné leur consentement. Ces cellules, baptisées HAMSCs, peuvent se différentier, à l’instar des cellules embryonnaires, en tous les tissus de base d’un organisme humain. Leur découverte avait été saluée en début d’année par le Vatican.

Par ailleurs, après l’idéologie rampante qui a parasité les débats des Journées parlementaires de la bioéthique de février 2007, des responsables politiques ne se résignent plus au conformisme ambiant. J’en veux pour preuve la tenue ce jeudi 22 novembre d’un colloque au Palais du Luxembourg à l’initiative du sénateur de Paris Marie-Thérèse Hermange, et placé sous le haut patronage de Christian Poncelet, président du Sénat. Parmi les intervenants, une équipe de Milan très critique sur les cellules souches amniotiques. De même, l’exposé sur la découverte récente des cellules souches de cordon ombilical, et les travaux des Britanniques McGuckin et Forraz du Newcastle Center for Cord Blood : après avoir obtenu des mini-foies en cultivant ces cellules grâce à une technique révolutionnaire de micro-gravitation issue de la Nasa, les chercheurs ont présenté des cellules qui ont un profil biocellulaire comparable à leurs consoeurs embryonnaires. Leur dernière publication porte sur la différentiation exceptionnelle de ces cellules en cellules pancréatiques productrices d’insuline, résultats qui ouvrent de grands espoirs dans le traitement du diabète insulinodépendant.

Il était encore inimaginable il y a encore cinq ans espérer trouver une telle pluripotence chez des cellules non embryonnaires. Leur contribution au débat sur l’instauration de banques semi-publiques semi-privées permettant de stocker des cellules souches de cordon est essentielle tant il est notoire que la France a accumulé un retard impardonnable dans ce domaine.

Séisme éthique

Mais le séisme éthique de cette semaine fut la prise de position courageuse du chercheur écossais Ian Wilmut, bien connu pour avoir été le premier scientifique à cloner un mammifère en 1996, la fameuse brebis Dolly. Le 19 novembre 2007, il a renoncé publiquement à travailler sur les cellules souches embryonnaires et la technique du clonage dit scientifique, alors même qu’il avait reçu toutes les accréditations nécessaires de la part des autorités britanniques. Il a estimé que ces pratiques étaient désormais dépassées au regard d’une découverte majeure pour la biologie cellulaire actuelle.

En effet, l’équipe japonaise conduite par le professeur Yamanaka de la Faculté de Kyoto a réussi à reprogrammer des cellules issues de patients en cellules souches pluripotentes ayant les mêmes caractéristiques de différentiation que les cellules embryonnaires (Cell, 20 novembre 2007). Cette étude novatrice est confirmée par le savant américain James Thomson, de l’Université du Wisconsin, de renommée internationale puisque c’est lui qui a découvert les cellules souches issues de l’embryon en 1998 (Science, 20 novembre 2007). L’importance de cette découverte dans ce champ de la biomédecine est énorme puisque les cellules souches obtenues ont le même code génétique que le malade, écartant tout risque de rejet immunitaire. Jean-Claude Ameisen, président du comité éthique de l'Inserm, a aussitôt déclaré que « le travail de Yamanaka, véritable révolution scientifique, prouve qu'il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu'on ne le pensait […]. Avec cette technique, on ne peut plus dire : "il n'y a pas moyen de faire autrement." ». Sous-entendu : continuer dans le tout embryon.

Ce décalage démesuré que nous venons de mettre en lumière sur le plan des avancées scientifiques et des perspectives médicales remet lourdement en cause les décisions d’autorisation de protocoles de recherche par l’Agence de biomédecine. Car il est bien stipulé dans le corpus de la législation que la dépénalisation des recherches sur l’embryon est assortie de deux dispositions cumulatives : « À la condition d’être susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et à la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable, en l’état des connaissances scientifiques [5]. »

Devant les avancées majeures que la communauté scientifique enregistre dans le domaine en pleine expansion des cellules souches non embryonnaires, certains juristes spécialistes du droit de la santé et de la bioéthique évoquent à mots couverts un possible recours pour illégalité des autorisations émises par l’Agence de la biomédecine. Ou à tout le moins la possibilité de demander aux ministres de la Recherche et de la Santé ainsi qu’au conseil d’orientation de l’Agence de la biomédecine de suspendre toute nouvelle autorisation de protocole d’expérimentation sur l’embryon humain. D’ailleurs, ce conseil d’orientation a l’obligation par décret d’actualiser ses connaissances médicales et scientifiques, de juger de la pertinence des recherches qui lui sont soumises et de peser les intérêts en termes de santé publique.

Ne faut-il pas remettre en cause le fonctionnement en vase clos d’une institution sur laquelle le politique n’a guère de prise ? À quand une plainte des associations de malades contre l’État pour non application de la loi du 4 août 2004 ?


*Pierre-Olivier Arduin a publié La Bioéthique et l’Embryon Quels enjeux après la controverse du Téléthon ? (Ed. de l’Emmanuel, 2007)


[1] Code de la santé publique, art. L. 2151-5, premier alinéa.
[2] P.-L. Fagniez, Cellules souches et choix éthiques, Rapport au Premier ministre, La Documentation française, 2006, p. 56.
[3] Le Figaro, 24 octobre 2006 et Le Quotidien du médecin, 25 octobre 2006.
[4] Agence de la biomédecine, 30 autorisations de recherche données à 14 équipes, Rapport annuel d’activité 2006.
[5] Code de la santé publique, art. L. 2151-5, troisième alinéa.

Un livre du député J.-Fr. Poisson, "Bioéthique : l'homme contre l'Homme ?"

518abb142d7ac41b49afaa1c63cc39bb.jpgDéputé des Yvelines, Jean-Frédéric Poisson est un des rares parlementaires à savoir de quoi il parle à propos de bioéthique. Mieux, philosophe, il a soutenu une thèse à la Sorbonne montrant que la "bio-éthique" en elle-même n'avait de sens que si elle était "ethique", tout simplement : pourquoi y aurait-il des éthiques à géométrie variable, selon leur objet ? On voit la dérive : le bien et le mal moral vous concernant ne seraient pas les mêmes, selon que vous vivez avant ou après la naissance...

 

Il nous livre dans son derner essai une analyse critique des actes de prise en charge médicale de tous les grands moments de la vie. Rassemblées donc sous le nom de « bioéthique », ces pratiques ne posent pas que des problèmes d'ordre juridique et médical : elles mettent aussi en cause la notion même de « personne humaine » sans le dire ouvertement. L'auteur met ainsi le lecteur face à un véritable débat philosophique.

 

Avec rigueur, il recense les différentes pratiques médicales contemporaines concernées, telles que la procréation médicalement assistée, l'euthanasie... L'utilisation récente de « bébés-médicaments » ne constitue-t-elle pas une forme inquiétante d'eugénisme ? Que penser de la loi bioéthique d'août 2004, qui redéfinit la mort cérébrale et permet ainsi aux transplanteurs le prélèvement d'organes chez les patients décédés mais à coeur battant ? Partant des faits d'actualité les plus récents, il met en lumière les enjeux qu'ils soulèvent et l'obligation d'un choix éthique qui en découle : tout ne doit pas être accepté.

 

Jean-Frédéric Poisson aborde la bioéthique d'une façon radicalement nouvelle : son analyse philosophique part non pas des principes de la bioéthique, mais de la pratique de la médecine. C'est pourquoi ce livre s'adresse aussi bien aux spécialistes et aux juristes qu'aux parents ou aux étudiants. Chacun est ainsi amené à s'interroger sur la place à donner à la science et à la médecine dans le monde de demain.

 

 

Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines depuis juillet 2007, a 44 ans. Titulaire d'un doctorat en philosophie, il se lance dans l'enseignement avant d'entrer en politique en 1993 comme spécialiste des questions bioéthiques. Adjoint au maire de Rambouillet (dont il fut maire de 2004 à 2007), il dirige également un cabinet de conseil en organisation et management. Il est l'auteur du Mythe bioéthique (Bassano, 2000) de Bioéthique, Éthique et Humanisme  (Editions hospitalières, 2003) et de La Dignité humaine (Éditions hospitalières, 2004).

 

Presses de la renaissance, octobre 2007, 238 pages, 19 € 

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07 septembre 2007

Un livre de P.-O. Arduin : “La Bioéthique et l'Embryon”, par Mgr Dominique Rey

cf9225eb6abba1045e9bdd7f2fec4f0e.jpgLa polémique sur la participation des catholiques au Téléthon a ouvert une brèche qui n’est pas près d’être refermée. Contre toute attente, le débat engagé a posé à frais nouveaux la question du statut de l’embryon humain, de l’eugénisme, des dérives de la biomédecine, du rapport entre la loi morale et la loi civile…, thèmes que l’on pensait à jamais interdits de cité. Notre collaborateur Pierre-Olivier Arduin, auteur de la note de mise en garde qui déclencha la controverse, décrypte dans son livre les enjeux bioéthiques de la question en les resituant dans une perspective plus large : celle d’un choc culturel et moral entre, d’une part, le relativisme éthique et l’utilitarisme idéologique postmoderne et, d’autre part, le magistère de l’Église qui se fait le porte-voix de la conscience morale universelle. De ce livre, écrit comme un vibrant appel à la réflexion et à l’action de tous ceux qui sont attachés au principe intangible du respect de la vie humaine dès sa conception, il ressort que l’objection de conscience est porteuse d’une dynamique capable d’ébranler les forces contemporaines de la culture de mort. En avant-première, nous sommes heureux de publier la préface de Mgr Dominique Rey.


QU’EST CE QUI CONSTITUE L’ESSENCE DE TOUTE VIOLENCE, et donc de tout totalitarisme ? La philosophe juive Hannah Arendt répond par une locution surprenante : « Le refus de la naissance. » « L’homme fut créé pour lui rappeler qu’il y eut un commencement » disait St Augustin. Chaque naissance célèbre et garantit l’avènement d’un nouveau monde. Elle signe le refus de tout fatalisme et de la répétition. Chaque nouveau « conçu » est de l’ordre de « l’inconcevable ». Chaque génération nous rappelle que la vie est un cadeau. Chaque existence nouvelle nous ramène à la douceur de vivre. Il n’est pas étonnant que dans les systèmes despotiques les plus cruels, la violence politique s’exerce par le contrôle des naissances, c’est-à-dire la programmation de la fécondité jusqu’à la production de la vie, que voudrait promouvoir aujourd’hui une science sans conscience. Toute violence endeuille le mystère de Noël. À l’inouï de toute nativité, elle substitue le « clone », le « robot », ou le meurtre de l’enfant à naître.

Toute violence se rapporte à la négation de « l’autre », de sa différence et de son handicap jusqu’à lui interdire le droit d’exister. Aujourd’hui, comme dans l’histoire humaine, la violence cherche sa légitimité dans la loi ou dans la science, comme si ce qui était légal était toujours moral, comme si la conscience était soumise aux prétentions de la science.

Les savantes manipulations de l’émotionnel brouillent un peu plus les repères éthiques. On joue la pitié au dépens de la vérité jusqu’à exercer un terrorisme compassionnel et culpabilisateur par la mise en scène de situations limites et caricaturales, et d’imposer à l’opinion publique un prêt à penser moral. Le lobbying auprès des médias et des politiques fait le reste. Elle valide une stratégie eugéniste qui justifie la sélection des êtres humains jusqu’à les empêcher de naître. La société se donne le droit de décréter qui mérite de vivre, et qui doit mourir. Cette idéologie prométhéenne porte encore l’ambition avérée de procréer, quitte à priver l’enfant né dans un laboratoire du droit d’accès à son origine familiale, et de perdre son identité générationnelle.

De façon prophétique et pour conjurer ces transgressions qui portent atteinte à la dignité de la personne humaine, l’Église parle du respect dû à chaque personne, du stade embryonnaire de la vie jusqu’à la mort naturelle. Image et ressemblance de Dieu, chaque être humain est sacré. Don de Dieu, il est appelé à devenir sujet de sa propre histoire. L’enseignement de l’Église nous libère de la culture mortifère que l’on voudrait nous inculquer. La haute estime et l’exigence éthique que l’Église, experte en humanité, exprime vis-à-vis de la vie, la conduisent à défendre l’homme contre lui-même, et à « aimer son prochain comme soi-même. »

Dans la magistrale encyclique de Jean-Paul II sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, L’Évangile de la vie, le Saint-Père voulait réveiller les consciences face à toutes les formes d’agressivité contre la vie humaine, surtout quand elle est faible et sans défense :

« La conscience morale semble s’obscurcir terriblement, et avoir de plus en plus de difficulté à établir la distinction claire et nette entre le bien et le mal, pour ce qui touche à la valeur fondamentale de la vie humaine. En réalité, si le phénomène tellement étendu de l’élimination de nombreuses vies humaines naissantes ou sur la voie du déclin est on ne peut plus grave et inquiétant, non moins grave et inquiétante est la perte de la sensibilité morale dans les consciences. »
L’ouvrage de Pierre-Olivier Arduin participe de la prise de conscience à l’intérieur de la communauté ecclésiale, comme vis-à-vis de notre société, des enjeux et des défis auxquels nous ramène la fidélité à l’Evangile.


* + Dominique Rey,
évêque de Fréjus-Toulon.




La Bioéthique et l’Embryon
Quels enjeux après la controverse du Téléthon ?

Préface de Mgr Dominique Rey, avant-propos de Jean-Marie Le Méné
■ Sortie 8 septembre, Éditions de l’Emmanuel, 203 pages, 13,30 €
■ Pour commander le livre à la librairie de l'Emmanuel : Librairie-emmanuel.fr


Pierre-Olivier Arduin est marié et père de cinq enfants. Titulaire d’un master de recherche Éthique, science, santé et société, il anime la commission « Bioéthique et vie humaine » du diocèsede Fréjus-Toulon et collabore à la lettre hebdomadaire Décryptage éditée par la Fondation de Service politique. Il est également directeur des études de la nouvelle formation en bioéthique de troisième cycle Jérôme-Lejeune.

11 décembre 2006

Les Français et l’éthique du Téléthon : “non” au financement obligatoire de la recherche sur les embryons, par Caroline Roux

À quelques jours du Téléthon 2006, le Comité pour sauver l’éthique du Téléthon (CSET**) a voulu connaître l’avis des Français sur le débat ouvert par l’Eglise à propos des atteintes à l’intégrité des embryons humains promues ou financées par l’Association française de lutte contre les myopathies. L’AFM a pour le moment refusé de permettre aux donateurs d’exercer une objection de conscience sur ces pratiques.

Selon le sondage IFOP qui vient d’être réalisé, 54% des Français considèrent que l’AFM devrait garantir aux donateurs qui le désirent que leurs dons ne seront pas utilisés pour la recherche utilisant des embryons humains.


QUESTION.— Vous savez que l'Eglise catholique vient de lancer un débat en émettant des réserves sur l'usage des fonds récoltés lors du Téléthon pour financer la recherche utilisant des embryons humains. Ce type de recherche, autorisée par la loi, est contraire à l'éthique chrétienne. Selon vous, l'Association Française de lutte contre les Myopathies, qui organise le Téléthon, devrait-elle garantir aux donateurs qui le désirent que leurs dons ne seront pas utilisés de cette façon ?

Oui 54 %
Non 45 %
Ne se prononce pas 1 %

L’enquête a été réalisée sur un échantillon de 929 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées du 2 au 4 décembre 2006.





*Caroline Roux est secrétaire générale de l’Alliance pour les droits de la vie.
**Le Comité pour sauver l’éthique du Téléthon (CSET), fondé en 2003 quand l’AFM a revendiqué la légalisation du clonage, rassemble des personnes concernées par la maladie et le handicap (personnes malades, familles, soignants, sympathisants) qui veulent faire entendre leur voix pour que la recherche médicale et scientifique soit vraiment au service des malades et de leur guérison, respecte une éthique de la vie, et refuse toute forme d’eugénisme. Ouvert à tous, le CSET est coordonné par l’Alliance pour les Droits de la Vie.

Source : Libertepolitique.com 

25 novembre 2005

Eclairage éthique sur le Téléthon 2005, par la Fondation Jérôme-Lejeune

En cette époque de l'année, vous êtes nombreux à poser des questions sur le Téléthon, qui aura lieu les 2 et 3 décembre prochains. Sans mettre en doute la bonne volonté de nombreux participants et le succès de certaines réalisations du Téléthon, il nous est apparu nécessaire de répondre avec transparence à ceux qui nous interrogent.


CERTAINES RECHERCHES SONT CONTRAIRES AU RESPECT DE LA VIE HUMAINE

1/ La sélection des embryons pour leurs critères génétiques. Des équipes de scientifiques financées par le Téléthon utilisent la méthode de sélection des embryons d'après leurs caractéristiques génétiques dénommée diagnostic pré-implantatoire (ou DPI). Quand un couple est porteur d'une maladie génétique, on lui propose de faire une fécondation in vitro, puis de rechercher sur les embryons obtenus ceux qui sont porteurs de la maladie et ceux qui ne le sont pas. Seul l'embryon qui n'est pas porteur de la maladie est réimplanté, les autres sont détruits.

Les enfants rescapés de ce tri embryonnaire ne sont donc pas guéris puisqu'ils n'ont jamais été malades. Et les embryons malades ne sont pas non plus guéris puisqu'ils sont détruits. Ainsi est né le petit Valentin (en bonne santé évidemment) et sont morts ses frères et sœurs au stade embryonnaire. Cette annonce a été le moteur médiatique de la campagne du Téléthon 2000 (Communiqué de presse, AFM, 30/11/2000).

2/ La recherche qui utilise des fœtus avortés. Des travaux sur les maladies de Parkinson et de Huntington entraînent des greffes de cellules neurales extraites de fœtus avortés. Il faut en général utiliser de 3 à 10 fœtus pour un patient (1) et il s'agit de fœtus dont les cellules neurales ne sont pas encore mortes pour que la greffe réussisse. Un essai pour la maladie de Huntington fut réalisé sur 5 patients en 2000, un autre portant sur 100 patients a démarré en 2002 et serait toujours en cours (2).

Dès 2002 l'équipe annonce qu'elle manque de cellules fœtales, " cherche de nouvelles sources de cellules pour les greffes et espère notamment pouvoir expérimenter sur les cellules souches embryonnaires humaines " (3). Cette recherche fait partie des quelques programmes très médiatisés par l'association.

3/ L'utilisation des embryons pour la recherche. Le Téléthon a permis de financer en 2004 un centre d'étude sur les cellules souches embryonnaires. L'objectif est de créer un Institut de recherche dédié aux cellules souches embryonnaires, I-STEM, qui sera le premier centre français de test à grande échelle des recherches sur l'embryon humain. Rappelons que la recherche sur les embryons humains ne signifie pas qu'on envisage de guérir des embryons malades. Mais cela signifie qu'on prélève des cellules de l'embryon (que l'on détruit) pour les utiliser comme matériau de recherche.

4/ L'importation des cellules embryonnaires pour la recherche. Certains scientifiques attendaient avec impatience de pouvoir travailler sur les embryons " surnuméraires, dépourvus de projet parental ". La loi de bioéthique de 2004 autorise aujourd'hui ces recherches. Mais les décrets d'application n'étant pas signés, les chercheurs ne pouvaient pas utiliser ces embryons français.

Certains chercheurs financés par le Téléthon ont donc obtenu, en février 2005, des ministres de la Santé et de la Recherche, des autorisations spéciales d'importer des cellules embryonnaires pour pouvoir commencer tout de suite leurs recherches dans le cadre du projet I-STEM (4). Une autre autorisation d'importation de cellules embryonnaires humaines a été signée en septembre 2005 (Le Quotidien du médecin, 2 septembre 2005).



LE LOBBYING D'UNE ASSOCIATION DONT LA SEULE ETHIQUE EST LA LOI


"L'AFM a toujours eu comme politique de se conformer à la loi, et rien qu'à la loi (5)." L'influence de l'association française contre les myopathies (AFM), organisatrice du Téléthon, est devenue importante dans la politique de recherche de l'État. Mais ce pouvoir n'a pas de contrepoids éthique suffisant. En effet, les seules prétentions éthiques de l'AFM sont de se conformer à la loi, même quand celle-ci ne respecte pas la vie humaine avant la naissance. Il suffit dès lors à l'AFM d'orienter la loi selon ses objectifs, ce qu'elle fait…

Ainsi l'AFM a-t-elle mené une action de lobbying auprès de l'État pour obtenir le décret d'application du diagnostic pré-implantatoire. Eric Molinié, ancien président de l'AFM, s'en explique dans son livre La Bioéthique, foire aux fantasmes (2001) : "Par exemple, en 1997, nous avons adopté une résolution sur le diagnostic pré-implantatoire (DPI) pour demander au gouvernement de voter les décrets d'application de la loi sur la bioéthique le concernant." En 2000, après la naissance du premier bébé obtenu après DPI, l'association se réjouit : "Ce résultat [...] récompense le militantisme de l'AFM sur ce sujet."

La méthode de l'AFM pour obtenir l'autorisation de la recherche sur l'embryon. Une " conférence de malades " a été organisée en juin 2002, sur les cellules souches et le clonage humain. Il s'agissait de confronter des scientifiques à un panel de douze personnes malades ou parents d'enfants malades. Tous les scientifiques invités étaient favorables à la recherche sur l'embryon et un certain nombre était favorable au clonage d'embryons pour la recherche (dit thérapeutique). Ils ont vanté aux malades les thérapeutiques possibles grâce aux cellules embryonnaires et au clonage humain.

À l'issue de cette journée, les malades devaient exprimer leurs attentes et rédiger leurs recommandations à destination du grand public, des médias et des parlementaires, en vue de la révision des lois de bioéthique. Que contenaient ces recommandations ? Évidemment la demande d'autoriser la recherche sur l'embryon et le clonage humain pour la recherche. En août 2004, les parlementaires votaient la loi autorisant la recherche sur les embryons surnuméraires.

Le lobbying de l'AFM déjà en action pour obtenir le clonage humain. Le panel de malades de la conférence de consensus concluait déjà en 2002 qu'il est "non légitime d'interdire ou de proposer un moratoire sur le clonage thérapeutique" (6). Le Pr. Peschanski, financé par le Téléthon, considère le clonage "comme un nouveau et enthousiasmant secteur de recherche" (Le Monde, 11 février 2005).

Une proposition de loi demandant d'autoriser le clonage d'embryons pour la recherche a été déposée au Sénat et une autre à l'Assemblée. Celle-ci est soutenue par quatre scientifiques français, dont le Pr. Peschanski qui déclarait à l'AFP le 20 mai 2005 : "Maintenant il faut changer la loi très vite parce qu'autrement, nous aurons cinq ans de retard. On a vraiment besoin de cette technique puisqu'elle est jouable." Un groupe d'études sur les applications des biotechnologies en génétique et les problèmes éthiques vient d'être créé à l'Assemblée nationale...


L'OPINION PUBLIQUE EBRANLEE EN DECOUVRANT L'ENVERS DU DECOR

Le Téléthon bénéficierait-il d'autant de soutiens si l'on savait que :

1/ Les survivants de l'avortement - les "bébéthons" - ont servi à l'appel à la générosité du public. Déjà le Pr. Jacques Testart avait mis en garde : "La mise en scène triomphaliste de victoires toujours promises sur le malheur est un argument qui ne correspond pas à la rigueur scientifique. Le Téléthon a d'abord présenté des enfants myopathes, appelant à la solidarité des téléspectateurs. Après quelques années, on a pu voir apparaître à l'écran des enfants heureux d'être normaux dont l'existence était annoncée comme consécutive à la générosité du public : ces "bébéthons" étaient en réalité les survivants du diagnostic prénatal, lequel les avait démontrés normaux in utero malgré leur conception par des “couples à risques” (Le Monde, 9 décembre 2000)."

2/ Les personnes handicapées elles-mêmes réagissent face à ce qu'elles perçoivent comme une violence à leur encontre. Voici des témoignages recueillis par Danielle Moyse et Nicole Diederich dans leur livre Les Personnes handicapées face au diagnostic prénatal (Erès, 2001) :

"Si on me dit que l'association française contre les myopathies va se consacrer au dépistage anténatal dans un but de favoriser l'élimination prénatale, j'arrête tout de suite de donner et de me mobiliser".

"J'émets une grande réserve quant aux “bébéthons” car on croit que c'est grâce à la recherche qu'ils ont guéri alors qu'ils sont le fruit d'une sélection ; et l'avortement thérapeutique en a fait disparaître bien d'autres. D'où la question : “Et si mes parents m'avaient avorté ?” Je suspecte la recherche scientifique d'être utilisée, non pas pour la recherche thérapeutique, mais pour une suppression des malades".

"En regardant une émission sur le Téléthon, j'ai compris. Il y avait toujours une kyrielle de beaux bébés qu'ils appelaient les “bébés miracles du Téléthon”. […] Dans le bouquin, (sur l'aventure du Généthon) on pouvait lire que grâce au progrès, on pouvait empêcher les enfants de souffrir en ne les faisant pas naître… J'étais révoltée d'avoir envoyé de l'argent pour ça".


3/ La naissance de Valentin, après un tri embryonnaire, a été faussement présentée comme un grand succès thérapeutique. On a pu lire en effet que "l'AFM a partiellement à son actif de grands succès thérapeutiques" (Le Monde, 9 décembre 2000), notamment "la naissance en France du premier enfant en bonne santé à la suite d'un diagnostic préimplantatoire (DPI)" (7). Or Valentin est un rescapé du tri embryonnaire. Il n'a jamais été guéri, car il n'a jamais été soigné, car il n'a jamais été malade. C'est donc une triple contre-vérité qui a été largement médiatisée. L'opinion publique est persuadée à tort que si Valentin est en bonne santé, c'est grâce au Téléthon.

4/ La " conférence de malades " organisée par l'AFM pour produire des recommandations favorables à la recherche sur l'embryon et au clonage humain a été une mise en scène. Quel homme politique, quel média, résisterait à la demande formulée par des parents d'enfants malades ou par des malades eux-mêmes ? Mais que penser de l'objectivité de recommandations obtenues sous l'influence des chercheurs désireux d'obtenir l'autorisation de recherche sur l'embryon ?


> Enfin, qui sait parmi le grand public que le lobbying de l'AFM est actif aujourd'hui
pour modifier la loi de bioéthique de 2004 et obtenir l'autorisation du clonage humain ?

Faudra-t-il attendre une autre " conférence de malades " et l'invitation du spécialiste coréen du clonage pour influencer les parlementaires, avant que nous réagissions ?


© Fondation Jérôme-Lejeune

Source : Libertepolitique.com

 

Notes

(1) Rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques du 24/02/2000.
(2) www.afm-france.org, les essais cliniques en cours soutenus par l'AFM, mise à jour septembre 2005
(3) Repères (journal de l'INSERM), mars 2002.
(4) Le Monde, 18 février 2005 ; Le Figaro, 19 février 2005 ; Actualités de l'Institut de Myologie, 4 mars 2005 (in Orphanews)
(5) Eric Molinié, ancien président de l'AFM, in La Bioéthique, foire aux fantasmes, 2001.
(6) Publication des recommandations du panel, 27 janvier 2003
(7) Communiqué de presse AFM Téléthon 2000