19 décembre 2007
Le député Jean-Frédéric Poisson interpelle l'AFM : "Le fléchage est une obligation morale"
Dans une tribune publiée par Valeurs actuelles, le député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson interroge les organisateurs du Téléthon, « non pas sur leurs intentions, mais sur les moyens demandés et mis en œuvre pour les réaliser » :
On se souvient du débat qu'avaient lancé l'an dernier, comme on lance un pavé dans une mare, quelques voix qui s'inquiétaient de la destination des fonds recueillis par le biais de la télévision publique. Quelle recherche s'agit-il de servir, en définitive ? Celle qui veut éradiquer les causes de ces absurdes maladies et trouver les moyens d'en guérir, ou celle qui contribue à permettre la disparition des enfants qui en sont atteints avant leur naissance ?
Dès lors, le député, auteur d’un récent essai de bioéthique, L’Homme contre l’Homme ? (Presses de la renaissance), formule deux exigences :
- La première consiste dans le fameux « fléchage » des dons : il est aujourd'hui possible, compte tenu des moyens technologiques modernes, de renseigner précisément les donateurs sur l'utilisation qui est faite de leur contribution, et de rassurer ceux qui le souhaitent sur les recherches effectivement aidées par leur effort. Aujourd'hui, ce fléchage n'est plus seulement une possibilité technique. C'est une obligation morale, qui réclame beaucoup plus que le silence méprisant dont il a fait l'objet jusqu'à ce jour. Et il serait parfaitement justifié de conditionner un don au Téléthon à l'existence de de dispositif.
- La seconde consiste dans l'engagement des responsables du Téléthon à ne pas utiliser les dons recueillis à destination des techniques visant à sélectionner les enfants atteints de maladies génétiques avant leur naissance : éradiquer la maladie ? Oui ! Ceux qui la portent, non !
*Jean-Frédéric Poisson est député des Yvelines, vice-président du Forum des Républicains sociaux (UMP), www.jfpoisson.com
Source : Valeurs actuelles, 14 décembre 2007
11:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bioéthique, Téléthon, politique
26 novembre 2007
Téléthon : l’embryon humain n’est pas "utilisable", par Mgr Guy Bagnard
[Diocèse de Belley-Ars, document] — À la suite des débats publics qui ont eu lieu l’année dernière au moment de la campagne nationale en faveur du Téléthon, l’assemblée des évêques, réunie à Lourdes du 3 au 8 novembre 2007, ade l’AFM, qui organise le Téléthon. voulu réfléchir à nouveau sur cette question. On ne peut pas, en effet, passer sous silence le grave problème éthique que soulève à la conscience humaine — et donc aussi à la conscience chrétienne — l’utilisation d’embryons humains pour la recherche médicale. Environ 2% des fonds recueillis par l’Association française contre les myopathies (AFM) servent à ces recherches. Jusqu’alors ces informations étaient restées dans un cercle relativement restreint. Depuis l’année dernière, elles sont entrées dans le domaine public et elles ont été confirmées par les responsables eux-mêmes
Comment ne pas s’interroger sur la portée et la gravité des questions humaines que met en jeu ce type de recherche. Voici en quels termes s’est exprimé Mgr André Vingt-Trois, nouveau président de la Conférence des évêques de France, dans son discours de clôture, le 8 novembre :
« Des chrétiens nombreux se joignent à ce grand mouvement de solidarité comme à d’autres initiatives qui ne sont pour autant ni confessionnelles ni implantées dans des organisations ecclésiales. Mais la générosité ne légitime pas tout. Nous souhaitons donc que chacun réfléchisse et que soient entendues les graves questions que nous avons soulevées : tri embryonnaire, utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation de jeunes malades. Ces questions ne sont pas seulement les nôtres, mais nous devons les formuler. »
Un embryon humain est un humain Au centre des réflexions auxquelles invite l’archevêque de Paris, se trouve la fameuse question sur le statut de l’embryon humain. Comment identifier les premières cellules embryonnaires ? Ne sont-elles qu’un amas indifférencié, dont il est impossible de dire ce qu’il est : une excroissance inconnue, une tumeur maligne, le début d’un végétal ou d’un animal ? Etc.
La Congrégation pour la doctrine de la foi a donné une réponse sans ambiguïté dans son instruction Donum vitæ du 22 février 1987. Voici un des passages les plus décisifs :
« Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père, ni celle de la mère, mais d’un nouvel être humain qui se développe par lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors. À cette évidence de toujours, la science génétique moderne apporte de précieuses confirmations. Elle a montré que, dès le premier instant, se trouve fixé le programme de ce que sera ce vivant : un homme, cet homme individuel avec ses notes caractéristiques bien déterminées... Dès la fécondation est commencée l’aventure d’une vie humaine dont chacune des grandes capacités demande du temps pour se mettre en place et se trouve prête à agir. »
Ce qui est remarquable dans cette réponse, c’est qu’elle ne provient pas de la foi ! Ses affirmations ne prennent en compte que la réalité qu’observent les scientifiques. Elle ne nécessite donc pas de faire appel à des convictions confessionnelles. Quand, par exemple, Lucien Sève, ancien responsable du Comité national consultatif d’éthique, dit qu’un embryon congelé n’a pas perdu sa potentialité humaine, il exprime un fait objectif que chaque observateur peut constater, aussi bien celui qui est athée que celui qui croit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la religion, mais dans le domaine des sciences de l’homme. C’est sur cette base uniquement anthropologique qu’est affirmé le caractère humain des cellules embryonnaires. Ces cellules appartiennent bien à l’espèce humaine. On peut ajouter que si, de fait, dans leur origine, leur identité humaine est récusée, en vertu de quoi pourra-t-on la leur reconnaître par la suite ? À quel niveau de leur développement ? Dans une formule ramassée le document romain le dit : « L’embryon ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors. »
Pas de don à des recherches qui ne respectent pas l’embryon
Dans cette perspective, peut-on "utiliser" comme un moyen un embryon humain, à la manière d’un matériau, fût-ce pour la recherche la plus généreuse qui soit ? A-t-on le droit, en conscience, de transformer un embryon humain en un objet, une chose, une matière première autorisant sur elle toutes les manipulations ? Le respect du plus faible — de celui qui est absolument sans défense — n’appelle-t-il pas l’homme conscient et responsable à trouver d’autres chemins pour faire progresser la science et faire reculer les maladies d’ordre génétique ? Même le désir de venir en aide à ceux qui sont atteints de telle maladie n’autorise pas à faire n’importe quoi sur un embryon humain.
Que peuvent faire alors les donateurs ? Il faut qu’ils puissent être assurés que leur don ira à des recherches qui respectent l’embryon. Ils ont le droit de savoir à quoi servira leur don. Ils peuvent aussi donner à d’autres associations dont les objectifs sont sans ambiguïté. Sans aucunement nier tout le bienfait apporté depuis des années par l’AFM dans son souci de venir en aide aux malades atteints de myopathie, et de chercher les moyens de les guérir, on ne peut néanmoins accepter n’importe quelle manipulation sur l’embryon humain. On ne peut se mettre en contradiction avec l’éthique humaine, même dans le désir de soulager l’être humain. « La fin ne justifie pas les moyens. »
Face aux questions posées, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à Paris, écrit au sujet des responsables du Téléthon : « Il leur faut assumer l’indispensable débat que suscitent les enjeux éthiques et l’impact moral des recherches qu’ils permettent... Le Téléthon a favorisé, dans ses vingt années de combats, la reconnaissance sociale de la personne handicapée ou malade dans sa dignité et ses droits. Il lui faut surmonter un nouveau défi : être à la hauteur d’une exigence morale, d’une promesse dont il est directement comptable bien qu’elle nous concerne tous. »
† Père Guy Bagnard,
évêque de Belley-Ars
[Titres de la rédaction]
Source : http://catholique-belley-ars.cef.fr
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23 novembre 2007
Mgr Henri Brincard : « L’identification du légal et de l’éthique est abusive »

JE REMERCIE chaleureusement notre directeur de l’Enseignement catholique ainsi que notre responsable de la Pastorale de la Santé d’avoir si bien organisé cette rencontre avec Christian Cottet, directeur général de l’Association Française de Lutte contre les Myopathies (A.F.M) et avec le représentant local de cette Association Jean Guy Andreolotti. Une telle rencontre manifeste la volonté de dialogue de notre Église diocésaine, une volonté qui ne lui a jamais fait défaut, ce dont je me réjouis grandement. Nul ne conteste les mérites de l’A.F.M, mérites qui nous seront certainement rappelés ce soir. Cependant un vrai débat existe, débat concernant des questions auxquelles il est impossible de se dérober sous peine de tomber dans une légèreté coupable. C’est pourquoi, dans le temps qui m’est imparti, je voudrais proposer une brève réflexion sur ce que nous entendons par dignité de l’être humain et en tirer quelques conclusions au sujet des relations entre l’Église catholique et l’A.F.M.
A/ Rappel de quelques fondamentaux concernant la dignité de l’être humain
1 — Dès sa conception, l’être humain est pourvu d’une dignité inaliénable et ceci, à tous les stades de son développement. Comme l’a rappelé en son temps le Cardinal Louis-Marie Billé et ensuite plus récemment le Cardinal Jean-Pierre Ricard, l’embryon humain n’est jamais une « chose », autrement dit un « objet » utilisable au gré d’intérêts divers, même si, parmi ces intérêts, il y en a de plus nobles parce qu’ils se veulent au service de causes dignes de grande considération.
2 — Le respect de la dignité des embryons humains est fondé sur celui du « Droit à la vie », un droit si fondamental qu’il est nécessaire de le promouvoir en toute circonstance, surtout quand il s’agit d’êtres humains, soit innocents et sans défense soit connaissant - notamment au terme de leur existence, des souffrances si intenses qu’elles rendent impossible un exercice réel de la liberté.
3 — La raison humaine pleinement exercée et une foi chrétienne lucide s’accordent à dire, chacune selon sa perspective, que l’être humain est pourvu de droits que nul ne peut contester sans ébranler les assises d’une société, assises fondées sur les exigences objectives de la justice et aussi sur les exigences de ce que nous appelons aujourd’hui « une vraie convivialité ». Il en résulte qu’aucune personne ni aucune institution ne peuvent s’arroger le pouvoir de dire à un être humain : « Tu es un être humain dans la mesure où je l’ai décidé selon des critères qui me conviennent ».
Notons également que, par des chemins différents, l’approche scientifique, l’approche éthique et enfin l’approche chrétienne de l’homme, convergent, dans les conclusions que voici :
a/ La science affirme qu’il n’y a aucune solution de continuité dans le développement de l’embryon humain lequel, dès l’instant de sa conception, possède un patrimoine génétique propre.
b/ Fondée sur les exigences de la raison, l’éthique est en mesure d’affirmer que l’embryon humain n’est pas qu’une « cathédrale de molécules » mais un être dont la dignité est pourvue de droits inaliénables.
c/ La foi chrétienne proclame sans ambages sa volonté ferme de servir en toute circonstance la dignité humaine, dignité comportant une grandeur sacrée, celle d’être à « l’image et à la ressemblance » d’un Créateur qui est « Lumière et Amour ».
B/ Importance du dialogue au sein d’une société cherchant ses repères
Pour autant que cela dépende d’elle, l’Église catholique, encouragée par le concile Vatican II, a le souci permanent de promouvoir dans toutes les directions des dialogues constructifs afin d’approfondir sans cesse la vérité de l’homme et de faciliter ainsi une juste compréhension des droits et devoirs de la personne humaine. C’est pourquoi, et je suis heureux de l’affirmer à nouveau, l’initiative qui, ce soir, aboutit à notre rencontre, me remplit d’espérance.
C/ Le dialogue de l’Église catholique avec le Téléthon est un dialogue de grande portée.
Comme chacun sait, une des qualités d’un dialogue en vérité est la loyauté et la franchise. Afin que le dialogue soit plus fructueux, il me paraît important de rappeler les points suivants :
a/ L’Église catholique se réjouit de tout progrès médical permettant, dans le respect de la dignité humaine, de soulager la souffrance et de conduire, autant que possible, à la guérison. A ce sujet, il me semble opportun de souligner qu’au cours des siècles, et de bien des manières, l’Église catholique n’a cessé de témoigner d’une vraie compassion à l’égard de ceux qui souffrent. Qui peut en douter ? De même, l’Église catholique a souvent manifesté sa volonté inébranlable de servir de mieux en mieux les petits, les pauvres ainsi que ceux qui se trouvent dans le besoin. A titre d’exemple et au risque de faire des choix trop limités, qu’il me soit permis de citer ce soir l’oeuvre extraordinaire qu’ont été, au Puy, dans le passé, l’Hôtel-Dieu et l’Hôpital général et, aujourd’hui, la maison d’accueil des soeurs de Saint François ainsi que la structure d’accueil appelée « Mambré »…
b/ Au nom de la défense d’une dignité à laquelle la foi chrétienne confère une grandeur nouvelle, l’Église catholique, avec le soutien d’heureuses et nombreuses collaborations assurées par des hommes et des femmes de bonne volonté, est fermement décidée à servir toujours mieux une dignité humaine dont nous savons, par ailleurs, qu’elle demeure aujourd’hui menacée comme -hélas- cela fut trop souvent le cas dans le passé. C’est pourquoi la foi chrétienne s’interdit de considérer l’être humain comme un objet. Ajoutons que le souvenir de tragiques dérives du XXe siècle invite ceux qui ont à coeur d’assurer l’avenir de nos sociétés, à demeurer aujourd’hui plus que jamais vigilants.
c/ Le Téléthon bénéficie d’une couverture médiatique exceptionnelle. Il reçoit, par conséquent, des fonds considérables facilitant la mise en oeuvre de ses ambitions. Malheureusement, il n’en va pas de même d’associations non moins méritantes oeuvrant en des domaines où la souffrance est grande et les urgences évidentes, par exemple en ce qui concerne la trisomie 21 ou bien, en élargissant le périmètre des pathologies graves, en ce qui concerne diverses maladies génétiques frappant cruellement des enfants.
En vue de faciliter des choix qu’il appartient à chacun de faire en conscience, il est demandé aux associations d’être parfaitement claires sur leurs objectifs ainsi que sur l’utilisation précise des fonds collectés.
Dans le contexte actuel du fonctionnement du « Téléthon », et selon les dires de ses responsables, puisque les choix de l’association sont légaux, l’approche éthique relève seulement de l’appréciation individuelle. Cette identification du légal et de l’éthique est abusive. En effet, l’histoire du XXe nous rappelle, de manière tragique, à quoi a conduit, en certaines circonstances, une telle identification.
À mes yeux, il me paraît donc indispensable que les donateurs aient l’assurance que leur contribution ne servira jamais à des actions qu’ils jugent contraires à leurs convictions éthiques ou religieuses. Autrement dit, l’affectation des dons, doit — en toute justice, être conforme à des objectifs ouvertement affichés, et répondre aux choix mûrement pesés des donateurs. Par conséquent, il me paraît nécessaire que les donateurs, s’ils le désirent, puissent faire ce qu’on appelle « des dons fléchés ».
Conclusion
Je souhaite que le Téléthon concilie toujours mieux le respect de la dignité humaine et une recherche médicale qui ne peut, sous prétexte d’une fallacieuse efficacité, oublier cette dignité. Comme l’histoire nous le montre aussi, la recherche médicale, par d’incessants progrès, parvient à surmonter certains dilemmes en explorant plus avant des voies porteuses d’avenir et aussi pleinement respectueuses de la dignité de la personne humaine.
+ Henri Brincard,
Évêque du Puy-en-Velay
Source : http://catholique-lepuy.cef.fr/spip.php?article21
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22 novembre 2007
Recherche embryonnaire : la France s’obstine dans l’absurdité scientifique, par Pierre-Olivier Arduin
LA LETTRE D'INFORMATION et d’analyse bioéthique du mois de novembre genethique.org revient sur l’inauguration par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de l’Institut des cellules souches embryonnaires I-Stem, sur le site du Genopole d’Évry. Le plus important laboratoire français d’expérimentation sur l’embryon a été créé par l’Association française contre les myopathies (AFM), l’Inserm et l’Université d’Evry, qui assurent également son financement. Son directeur, Marc Peschanski, a précisé que l’Institut a bénéficié d’un soutien de l’AFM « de 3,4 millions d’euros sur deux ans, ce qui a couvert la moitié de [ses] dépenses » (Les Echos du 25 septembre 2007). Genethique relève aussi que « le conseil d’administration de l’AFM s’est engagé sur les prochaines années, sous réserve du succès du Téléthon annuel, à doubler le montant des financements publics décrochés par le projet ».
Un partenariat a été noué avec un des trois centres français de DPI (diagnostic préimplantatoire) de manière à fournir certaines équipes d’I-Stem en embryons malades, ce qui confirme les liens troubles que peuvent entretenir entre elles les pratiques technoscientifiques, en l’occurrence le tri eugéniste des embryons et la recherche biomédicale.
Dérogation meurtrière
Cette disposition fut ajoutée à la demande de plusieurs chercheurs dans le décret du 6 février 2006 réglementant la loi bioéthique du 4 août 2004. À l’origine, le législateur a inscrit dans cette loi le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon tout en ouvrant un régime dérogatoire [1] concernant a posteriori les embryons surnuméraires congelés depuis plus de cinq ans et dépourvus de projet parental. Inutile de s’attarder sur cette absurdité : tenir en même temps que l’embryon doit être respecté pour autoriser aussitôt sa destruction. Le professeur Michel Schooyans parle de dérogation meurtrière pour qualifier cet exercice d’équilibriste aberrant.
Nous avons avec ce décret une première rupture conceptuelle avec l’esprit de la loi puisque les embryons défectueux peuvent être livrés a priori sans autre forme de procès aux chercheurs du fait même de leur maladie, étant par définition exclus de tout projet parental par le DPI. Le texte réglementaire reconnaît aussi que lorsqu’un couple met en œuvre une AMP, il peut lui être proposé « de consentir dans le même temps par écrit à ce que les embryons qui ne seraient pas susceptibles d’être transférés ou conservés fassent l’objet d’une recherche (art. R. 2151-4) ». Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune, fut le seul à l’époque à montrer le détournement de la loi qui gît dans cette précision : demander par avance et a priori aux parents leur consentement à abandonner certains de leurs embryons jugés de faible qualité biologique. On n’est plus très loin de l’intention première de créer des embryons in vitro à des fins de recherche, strictement prohibée par le droit français.
Nous ne reviendrons pas sur les transgressions éthiques que constituent toutes ces dispositions permettant de préparer les esprits à une libéralisation complète de la recherche sur l’embryon dans la loi de bioéthique qui sera révisée en 2009. C’est sur le non-sens scientifique de ces choix que nous voudrions à présent nous intéresser.
Un non-sens scientifique
D’abord l’impasse thérapeutique des cellules souches embryonnaires n’a plus besoin d’être démontrée. Concernant un hypothétique bienfait sur des malades, aucune publication de niveau international à se mettre sous la dent. Et pour cause, ces cellules sont caractérisées par une grande instabilité chromosomique au fil de leurs divisions, ce qui entraîne une possibilité accrue de développement de tumeurs. Fait totalement rédhibitoire, car aucun comité d’éthique hospitalier ne prendrait la responsabilité d’en permettre la greffe chez l’homme.
Le rapport du député Pierre-Louis Fagniez, actuel directeur de cabinet de Valérie Pécresse et lui-même favorable à une dépénalisation totale de la recherche et du clonage embryonnaires, n’a pu le passer sous silence : « Le risque de cancérogenèse après administration de cellules ES pourrait être proportionnel à leur capacité de prolifération […]. Le taux de cancers développés après injection de cellules ES est très élevé [2] ». Par ailleurs, la révélation par les médias français d’une publication dans la revue Nature Medecine du mois d’octobre 2006 montrant une expansion incontrôlée de neurones issus de cellules souches embryonnaires dans les cerveaux de souris a mis aux yeux et aux sus de tous les désillusions concernant ces entités cellulaires [3]. C’était une des premières fois qu’apparaissait de manière aussi crue dans l’espace public leur potentiel cancérigène.
Si ces faits ne semblent pas avoir émus les ministres de la Santé et de la Recherche ou les membres de l’Agence de biomédecine qui délivrent généreusement les accréditations de recherche sur l’embryon aux équipes françaises qui en font la demande [4], certains commencent à changer de fusil d’épaule. Parmi eux, de grands industriels, lesquels ne peuvent se permettre de faire les mauvais choix en matière de thérapies régénératrices étant données les sommes colossales qu’ils y investissent. Voici deux exemples révélateurs :
- L’Oréal a présenté début octobre au Congrès mondial de dermatologie de Buenos Aires ses découvertes concernant le poil. Celui-ci s’avère être un réservoir prodigieux de cellules souches adultes. Le directeur de la biologie de ce grand groupe, Bruno Bernard, explique que « dans le follicule pileux existe une niche spécifique où se trouvent des cellules souches de différents types capables de régénérer la plupart des tissus du corps humain » (Les Echos, 25 octobre). Ces capacités prodigieuses seraient tout simplement dues au mode de renouvellement de ce tissu particulier de l’organisme humain qui dégénère et se régénère périodiquement à partir de ses propres cellules souches.
- Le groupe LVMH-Recherche se décide lui aussi pour l’alternative des cellules non embryonnaires. Le symposium qu’il a organisé à Paris le 20 septembre 2007 a réuni nombre d’experts mondiaux en médecine régénératrice. Impossible de tous les citer. Je retiendrai l’intervention du professeur Walter, chef de service de cardiologie à Frankfort, qui a montré que les cellules souches de moelle osseuse amélioraient de manière étonnante les fonctions cardiaques de malades souffrant d’infarctus, d’ischémie des membres, de thromboses. Nos voisins outre-Rhin sont d’ailleurs passés maîtres dans la thérapie des maladies cardiovasculaires par autogreffe de cellules souches. Autre conférence passionnante : la présentation par une équipe californienne dirigée par le docteur Sharma des cellules souches amniotiques humaines obtenues après un accouchement à terme chez des mères ayant donné leur consentement. Ces cellules, baptisées HAMSCs, peuvent se différentier, à l’instar des cellules embryonnaires, en tous les tissus de base d’un organisme humain. Leur découverte avait été saluée en début d’année par le Vatican.
Par ailleurs, après l’idéologie rampante qui a parasité les débats des Journées parlementaires de la bioéthique de février 2007, des responsables politiques ne se résignent plus au conformisme ambiant. J’en veux pour preuve la tenue ce jeudi 22 novembre d’un colloque au Palais du Luxembourg à l’initiative du sénateur de Paris Marie-Thérèse Hermange, et placé sous le haut patronage de Christian Poncelet, président du Sénat. Parmi les intervenants, une équipe de Milan très critique sur les cellules souches amniotiques. De même, l’exposé sur la découverte récente des cellules souches de cordon ombilical, et les travaux des Britanniques McGuckin et Forraz du Newcastle Center for Cord Blood : après avoir obtenu des mini-foies en cultivant ces cellules grâce à une technique révolutionnaire de micro-gravitation issue de la Nasa, les chercheurs ont présenté des cellules qui ont un profil biocellulaire comparable à leurs consoeurs embryonnaires. Leur dernière publication porte sur la différentiation exceptionnelle de ces cellules en cellules pancréatiques productrices d’insuline, résultats qui ouvrent de grands espoirs dans le traitement du diabète insulinodépendant.
Il était encore inimaginable il y a encore cinq ans espérer trouver une telle pluripotence chez des cellules non embryonnaires. Leur contribution au débat sur l’instauration de banques semi-publiques semi-privées permettant de stocker des cellules souches de cordon est essentielle tant il est notoire que la France a accumulé un retard impardonnable dans ce domaine.
Séisme éthique
Mais le séisme éthique de cette semaine fut la prise de position courageuse du chercheur écossais Ian Wilmut, bien connu pour avoir été le premier scientifique à cloner un mammifère en 1996, la fameuse brebis Dolly. Le 19 novembre 2007, il a renoncé publiquement à travailler sur les cellules souches embryonnaires et la technique du clonage dit scientifique, alors même qu’il avait reçu toutes les accréditations nécessaires de la part des autorités britanniques. Il a estimé que ces pratiques étaient désormais dépassées au regard d’une découverte majeure pour la biologie cellulaire actuelle.
En effet, l’équipe japonaise conduite par le professeur Yamanaka de la Faculté de Kyoto a réussi à reprogrammer des cellules issues de patients en cellules souches pluripotentes ayant les mêmes caractéristiques de différentiation que les cellules embryonnaires (Cell, 20 novembre 2007). Cette étude novatrice est confirmée par le savant américain James Thomson, de l’Université du Wisconsin, de renommée internationale puisque c’est lui qui a découvert les cellules souches issues de l’embryon en 1998 (Science, 20 novembre 2007). L’importance de cette découverte dans ce champ de la biomédecine est énorme puisque les cellules souches obtenues ont le même code génétique que le malade, écartant tout risque de rejet immunitaire. Jean-Claude Ameisen, président du comité éthique de l'Inserm, a aussitôt déclaré que « le travail de Yamanaka, véritable révolution scientifique, prouve qu'il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu'on ne le pensait […]. Avec cette technique, on ne peut plus dire : "il n'y a pas moyen de faire autrement." ». Sous-entendu : continuer dans le tout embryon.
Ce décalage démesuré que nous venons de mettre en lumière sur le plan des avancées scientifiques et des perspectives médicales remet lourdement en cause les décisions d’autorisation de protocoles de recherche par l’Agence de biomédecine. Car il est bien stipulé dans le corpus de la législation que la dépénalisation des recherches sur l’embryon est assortie de deux dispositions cumulatives : « À la condition d’être susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et à la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable, en l’état des connaissances scientifiques [5]. »
Devant les avancées majeures que la communauté scientifique enregistre dans le domaine en pleine expansion des cellules souches non embryonnaires, certains juristes spécialistes du droit de la santé et de la bioéthique évoquent à mots couverts un possible recours pour illégalité des autorisations émises par l’Agence de la biomédecine. Ou à tout le moins la possibilité de demander aux ministres de la Recherche et de la Santé ainsi qu’au conseil d’orientation de l’Agence de la biomédecine de suspendre toute nouvelle autorisation de protocole d’expérimentation sur l’embryon humain. D’ailleurs, ce conseil d’orientation a l’obligation par décret d’actualiser ses connaissances médicales et scientifiques, de juger de la pertinence des recherches qui lui sont soumises et de peser les intérêts en termes de santé publique.
Ne faut-il pas remettre en cause le fonctionnement en vase clos d’une institution sur laquelle le politique n’a guère de prise ? À quand une plainte des associations de malades contre l’État pour non application de la loi du 4 août 2004 ?
*Pierre-Olivier Arduin a publié La Bioéthique et l’Embryon Quels enjeux après la controverse du Téléthon ? (Ed. de l’Emmanuel, 2007)
[1] Code de la santé publique, art. L. 2151-5, premier alinéa.
[2] P.-L. Fagniez, Cellules souches et choix éthiques, Rapport au Premier ministre, La Documentation française, 2006, p. 56.
[3] Le Figaro, 24 octobre 2006 et Le Quotidien du médecin, 25 octobre 2006.
[4] Agence de la biomédecine, 30 autorisations de recherche données à 14 équipes, Rapport annuel d’activité 2006.
[5] Code de la santé publique, art. L. 2151-5, troisième alinéa.
18:15 Publié dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Bioéthique, embryon, recherche, Téléthon
Un livre du député J.-Fr. Poisson, "Bioéthique : l'homme contre l'Homme ?"
Député des Yvelines, Jean-Frédéric Poisson est un des rares parlementaires à savoir de quoi il parle à propos de bioéthique. Mieux, philosophe, il a soutenu une thèse à la Sorbonne montrant que la "bio-éthique" en elle-même n'avait de sens que si elle était "ethique", tout simplement : pourquoi y aurait-il des éthiques à géométrie variable, selon leur objet ? On voit la dérive : le bien et le mal moral vous concernant ne seraient pas les mêmes, selon que vous vivez avant ou après la naissance...
Il nous livre dans son derner essai une analyse critique des actes de prise en charge médicale de tous les grands moments de la vie. Rassemblées donc sous le nom de « bioéthique », ces pratiques ne posent pas que des problèmes d'ordre juridique et médical : elles mettent aussi en cause la notion même de « personne humaine » sans le dire ouvertement. L'auteur met ainsi le lecteur face à un véritable débat philosophique.
Avec rigueur, il recense les différentes pratiques médicales contemporaines concernées, telles que la procréation médicalement assistée, l'euthanasie... L'utilisation récente de « bébés-médicaments » ne constitue-t-elle pas une forme inquiétante d'eugénisme ? Que penser de la loi bioéthique d'août 2004, qui redéfinit la mort cérébrale et permet ainsi aux transplanteurs le prélèvement d'organes chez les patients décédés mais à coeur battant ? Partant des faits d'actualité les plus récents, il met en lumière les enjeux qu'ils soulèvent et l'obligation d'un choix éthique qui en découle : tout ne doit pas être accepté.
Jean-Frédéric Poisson aborde la bioéthique d'une façon radicalement nouvelle : son analyse philosophique part non pas des principes de la bioéthique, mais de la pratique de la médecine. C'est pourquoi ce livre s'adresse aussi bien aux spécialistes et aux juristes qu'aux parents ou aux étudiants. Chacun est ainsi amené à s'interroger sur la place à donner à la science et à la médecine dans le monde de demain.
Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines depuis juillet 2007, a 44 ans. Titulaire d'un doctorat en philosophie, il se lance dans l'enseignement avant d'entrer en politique en 1993 comme spécialiste des questions bioéthiques. Adjoint au maire de Rambouillet (dont il fut maire de 2004 à 2007), il dirige également un cabinet de conseil en organisation et management. Il est l'auteur du Mythe bioéthique (Bassano, 2000) de Bioéthique, Éthique et Humanisme (Editions hospitalières, 2003) et de La Dignité humaine (Éditions hospitalières, 2004).
■ Presses de la renaissance, octobre 2007, 238 pages, 19 €
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12:05 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Bioéthique, embryon, médecine
07 septembre 2007
Un livre de P.-O. Arduin : “La Bioéthique et l'Embryon”, par Mgr Dominique Rey
La polémique sur la participation des catholiques au Téléthon a ouvert une brèche qui n’est pas près d’être refermée. Contre toute attente, le débat engagé a posé à frais nouveaux la question du statut de l’embryon humain, de l’eugénisme, des dérives de la biomédecine, du rapport entre la loi morale et la loi civile…, thèmes que l’on pensait à jamais interdits de cité. Notre collaborateur Pierre-Olivier Arduin, auteur de la note de mise en garde qui déclencha la controverse, décrypte dans son livre les enjeux bioéthiques de la question en les resituant dans une perspective plus large : celle d’un choc culturel et moral entre, d’une part, le relativisme éthique et l’utilitarisme idéologique postmoderne et, d’autre part, le magistère de l’Église qui se fait le porte-voix de la conscience morale universelle. De ce livre, écrit comme un vibrant appel à la réflexion et à l’action de tous ceux qui sont attachés au principe intangible du respect de la vie humaine dès sa conception, il ressort que l’objection de conscience est porteuse d’une dynamique capable d’ébranler les forces contemporaines de la culture de mort. En avant-première, nous sommes heureux de publier la préface de Mgr Dominique Rey.QU’EST CE QUI CONSTITUE L’ESSENCE DE TOUTE VIOLENCE, et donc de tout totalitarisme ? La philosophe juive Hannah Arendt répond par une locution surprenante : « Le refus de la naissance. » « L’homme fut créé pour lui rappeler qu’il y eut un commencement » disait St Augustin. Chaque naissance célèbre et garantit l’avènement d’un nouveau monde. Elle signe le refus de tout fatalisme et de la répétition. Chaque nouveau « conçu » est de l’ordre de « l’inconcevable ». Chaque génération nous rappelle que la vie est un cadeau. Chaque existence nouvelle nous ramène à la douceur de vivre. Il n’est pas étonnant que dans les systèmes despotiques les plus cruels, la violence politique s’exerce par le contrôle des naissances, c’est-à-dire la programmation de la fécondité jusqu’à la production de la vie, que voudrait promouvoir aujourd’hui une science sans conscience. Toute violence endeuille le mystère de Noël. À l’inouï de toute nativité, elle substitue le « clone », le « robot », ou le meurtre de l’enfant à naître.
Toute violence se rapporte à la négation de « l’autre », de sa différence et de son handicap jusqu’à lui interdire le droit d’exister. Aujourd’hui, comme dans l’histoire humaine, la violence cherche sa légitimité dans la loi ou dans la science, comme si ce qui était légal était toujours moral, comme si la conscience était soumise aux prétentions de la science.
Les savantes manipulations de l’émotionnel brouillent un peu plus les repères éthiques. On joue la pitié au dépens de la vérité jusqu’à exercer un terrorisme compassionnel et culpabilisateur par la mise en scène de situations limites et caricaturales, et d’imposer à l’opinion publique un prêt à penser moral. Le lobbying auprès des médias et des politiques fait le reste. Elle valide une stratégie eugéniste qui justifie la sélection des êtres humains jusqu’à les empêcher de naître. La société se donne le droit de décréter qui mérite de vivre, et qui doit mourir. Cette idéologie prométhéenne porte encore l’ambition avérée de procréer, quitte à priver l’enfant né dans un laboratoire du droit d’accès à son origine familiale, et de perdre son identité générationnelle.
De façon prophétique et pour conjurer ces transgressions qui portent atteinte à la dignité de la personne humaine, l’Église parle du respect dû à chaque personne, du stade embryonnaire de la vie jusqu’à la mort naturelle. Image et ressemblance de Dieu, chaque être humain est sacré. Don de Dieu, il est appelé à devenir sujet de sa propre histoire. L’enseignement de l’Église nous libère de la culture mortifère que l’on voudrait nous inculquer. La haute estime et l’exigence éthique que l’Église, experte en humanité, exprime vis-à-vis de la vie, la conduisent à défendre l’homme contre lui-même, et à « aimer son prochain comme soi-même. »
Dans la magistrale encyclique de Jean-Paul II sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, L’Évangile de la vie, le Saint-Père voulait réveiller les consciences face à toutes les formes d’agressivité contre la vie humaine, surtout quand elle est faible et sans défense :
« La conscience morale semble s’obscurcir terriblement, et avoir de plus en plus de difficulté à établir la distinction claire et nette entre le bien et le mal, pour ce qui touche à la valeur fondamentale de la vie humaine. En réalité, si le phénomène tellement étendu de l’élimination de nombreuses vies humaines naissantes ou sur la voie du déclin est on ne peut plus grave et inquiétant, non moins grave et inquiétante est la perte de la sensibilité morale dans les consciences. »L’ouvrage de Pierre-Olivier Arduin participe de la prise de conscience à l’intérieur de la communauté ecclésiale, comme vis-à-vis de notre société, des enjeux et des défis auxquels nous ramène la fidélité à l’Evangile.
* + Dominique Rey,
évêque de Fréjus-Toulon.
La Bioéthique et l’Embryon
Quels enjeux après la controverse du Téléthon ?
Préface de Mgr Dominique Rey, avant-propos de Jean-Marie Le Méné
■ Sortie 8 septembre, Éditions de l’Emmanuel, 203 pages, 13,30 €
■ Pour commander le livre à la librairie de l'Emmanuel : Librairie-emmanuel.fr
■ Pierre-Olivier Arduin est marié et père de cinq enfants. Titulaire d’un master de recherche Éthique, science, santé et société, il anime la commission « Bioéthique et vie humaine » du diocèsede Fréjus-Toulon et collabore à la lettre hebdomadaire Décryptage éditée par la Fondation de Service politique. Il est également directeur des études de la nouvelle formation en bioéthique de troisième cycle Jérôme-Lejeune.
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02 février 2007
Éthiquement correct : les mots pour le dire, par Pierre-Olivier Arduin
Alors que la controverse sur le Téléthon battait son plein, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, préconisait ni plus ni moins que l’autorisation du clonage embryonnaire [1]. Sous la signature de son rapporteur, le député PS Alain Claeys, on apprenait que cette transgression majeure n’était au fond qu’une simple transposition nucléaire, formule dont on nous dit qu’elle a le mérite de ne pas choquer la communis opinio.
Le procédé n’est pas neuf. L’été dernier, le Rapport Fagniez était remis en catimini au Premier ministre. Son rédacteur, député UMP quant à lui, y demandait aussi un changement de terminologie dans l’une de ses propositions conclusives, optant pour le terme de transfert nucléaire somatique [2]. S’interrogeant sans rire pour savoir si l’embryon cloné est assimilable à un embryon humain, Pierre-Louis Fagniez s’appuyait sur Henri Atlan pour demander qu’on ne le considère comme un être naturel mais comme un « artefact » ou une « unité embryoïde ». Lé député évoquait également les travaux des scientifiques asiatiques qui préfèrent faire référence quant à eux au terme de « blastocystes de transfert nucléaire ».
Dans 1984, George Orwell met en scène une cité terrifiante où la mainmise du pouvoir politique sur l’homme passe par le novlangue, la mainmise du langage. Y serions-nous parvenus ?
Le novlangue a pour but est de réduire le domaine de la pensée en appauvrissant les concepts et en manipulant les idées. Un des ressorts principaux des totalitarismes est en effet la destruction de la langue comme un des meilleurs moyens de destruction de l’humanité de l’homme. De nos jours, on a aussi recours à une discipline de langage, où l’éthiquement sensible se mue en éthiquement correct. Il s’agit d’un langage qui dit le Bien et le Juste en camouflant la réalité. Disciples ingénus du novlangue orwellien, nous forgeons de nouvelles expressions, qui parce qu’elles sont choisies pour être neutres, le moins-disant possibles, font échec au réel, à sa complexité, donc à la vérité.
Nous parlons ainsi d’interruption volontaire de grossesse, d’IVG au lieu d’avortement – on interrompt la vie d’un enfant comme si elle pouvait reprendre un peu plus tard – nous employons l’expression mourir dans la dignité pour désigner l’euthanasie (les Hollandais préférant celle d’interruption volontaire de la vie). La pilule du lendemain masque un avortement chimique, le préembryon ou amas cellulaire préimplantatoire qualifie le jeune être humain pour le donner plus facilement à la science, les diagnostics prénatal et préimplantatoire occultent des pratiques eugénistes massives et la transposition nucléaire n’est bien que l’autre nom du clonage. La réduction embryonnaire n’est ni plus ni moins que l’élimination d’un jumeau dans le sein de sa mère suite à une procréation artificielle et la santé reproductive est le cheval de bataille des agences internationales onusiennes pour diffuser l’avortement au cœur des pays en voie de développement jugés trop féconds. Nous pourrions allonger cette liste…
Des mots qui tuent
La culture de mort est de fait le vecteur de nouveaux mots, d’un discours obligé et conformiste, qui camouflent des pratiques et des ordres implacables, dans l’espoir que ce qui n’est pas nommé ne sera pas défendu et cessera rapidement d’exister. Dans la langue de l’éthiquement correct, le mot n’est plus un instrument pour désigner mais pour interdire à certaines idées d’accéder à la conscience. Ce nominalisme idéologique établit un nouveau lexique se substituant à la réalité pour mieux l’asservir. Le discours bioéthique est devenu un verbiage qui dessert la vérité, une arme stratégique pour justifier le désir de transgression d’une minorité.
Comment débattre honnêtement avec des protagonistes qui ont autorité pour redéfinir les mots en aménageant a priori la réalité en fonction des buts qu’ils se fixent avant toute discussion ? Ils « rêvent de bâtir une construction procédant de leur seul vouloir et de leur seule action, explique Michel Schooyans. Les locuteurs s’auto-légitiment en s’appropriant le pouvoir de définir le langage et en utilisant les mots pour modeler l’homme à leur convenance, pour construire le monde et la société qui leur convient » [3].
En outre, ce nouveau code moral qui prend sa source dans des sociétés qui se proclament libres et tolérantes, sécrétera des lois qui condamneront les propos inconvenants : délit d’entrave à l’IVG, discrimination homophobe,… L’homme moderne à qui l’on dit qu’il est émancipé n’est pas celui qui agit selon un choix libre et réfléchi mais celui qui adopte les normes morales en cours. Caesar dominus et supra grammaticam, le pouvoir de César s’étend même sur la grammaire, dit l’adage. Parce que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », selon le mot célèbre de Camus, l’Église nous invite – c’est bien tout l’objet du Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques qu’elle a fait publier il y a quelque temps – à ne pas nous soumettre à cette discipline de parole et à proclamer avec courage la vérité. Une vigilance de tous les instants s’impose en effet pour scruter et ausculter ce langage conventionnel et convenu afin de dévoiler les intérêts obscurs auxquels il collabore.
*Pierre-Olivier Arduin, responsable de la Commission Bioéthique et Vie humaine pour le diocèse de Fréjus-Toulon.
[1]Alain Claeys, Les recherches sur le fonctionnement des cellules humaines, Rapport n. 3498, Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, 6 décembre 2006, p. 154.
[2] Pierre-Louis Fagniez, Cellules souches et choix éthiques, Rapport au Premier ministre, La Documentation française, 26 juillet 2006.
[3] Michel Schooyans, Le Terrorisme à visage humain, François-Xavier de Guibert, Paris, 2006, p. 103.
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11 décembre 2006
Les Français et l’éthique du Téléthon : “non” au financement obligatoire de la recherche sur les embryons, par Caroline Roux
Selon le sondage IFOP qui vient d’être réalisé, 54% des Français considèrent que l’AFM devrait garantir aux donateurs qui le désirent que leurs dons ne seront pas utilisés pour la recherche utilisant des embryons humains.
QUESTION.— Vous savez que l'Eglise catholique vient de lancer un débat en émettant des réserves sur l'usage des fonds récoltés lors du Téléthon pour financer la recherche utilisant des embryons humains. Ce type de recherche, autorisée par la loi, est contraire à l'éthique chrétienne. Selon vous, l'Association Française de lutte contre les Myopathies, qui organise le Téléthon, devrait-elle garantir aux donateurs qui le désirent que leurs dons ne seront pas utilisés de cette façon ?
Oui 54 %
Non 45 %
Ne se prononce pas 1 %
L’enquête a été réalisée sur un échantillon de 929 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées du 2 au 4 décembre 2006.
*Caroline Roux est secrétaire générale de l’Alliance pour les droits de la vie.
**Le Comité pour sauver l’éthique du Téléthon (CSET), fondé en 2003 quand l’AFM a revendiqué la légalisation du clonage, rassemble des personnes concernées par la maladie et le handicap (personnes malades, familles, soignants, sympathisants) qui veulent faire entendre leur voix pour que la recherche médicale et scientifique soit vraiment au service des malades et de leur guérison, respecte une éthique de la vie, et refuse toute forme d’eugénisme. Ouvert à tous, le CSET est coordonné par l’Alliance pour les Droits de la Vie.
Source : Libertepolitique.com
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08 décembre 2006
Téléthon : le mensonge et le sacré, par Jean-Marie Le Méné
À peine le président de la République avait-il terminé son discours de soutien inconditionnel au Téléthon, rappelant que le débat n’avait pas lieu d’être, qu’un rapport parlementaire demandait d’élargir la recherche sur l’embryon et d’autoriser le clonage. Ce rapport, contrairement aux propos présidentiels, démontrait deux choses : d’une part que le débat sur ces questions n’avait jamais été clos et d’autre part que l’AFM avait pesé d’un poids très important dans les recommandations présentées. Qu’on en juge plutôt. Douze personnes ont été reçues en auditions privées, sept d’entre elles relevant de l’État, quatre sur les cinq restant relevant du Téléthon ou de l’AFM : la présidente de l’AFM, la directrice de Généthon, deux responsables d’I-Stem (premier centre français de recherches sur l’embryon financé par le Téléthon) et le directeur de Cellectis. Quant aux auditions publiques du 22 novembre 2005, nous en avions rendu compte à l’époque : tous les scientifiques invités étaient favorables au clonage (c’était avant la chute du Pr. Hwang…), en particulier la présidente du comité scientifique de l’AFM et le Pr. Peschanski, coordonnateur d’I-Stem.
Le temps des mensonges
Ce pavé dans la mare, au lendemain des bonnes paroles des uns ou des autres, confirme tranquillement que la loi de bioéthique de 2004 n’est en rien une sécurité, que la demande de transgression est appuyée par ceux-là mêmes qui demandent qu’on leur fasse confiance et que le débat n’est ouvert qu’à ceux qui soutiennent aveuglement l’évolution de la loi mais pas à ceux qui posent des questions. Ces constats sont purement factuels et d’ailleurs non critiqués par l’AFM. À partir du moment où ce que l’on dit est vrai mais paraît déplaisant ou déplacé, il y a intérêt à discréditer ceux qui parlent faute de pouvoir contredire leurs paroles. Comme d’habitude, nous avons donc assisté à des exercices de diabolisation où les personnes visées appartiennent, par exemple, à des légions ultra catholiques, quand ils ne sont pas des membres très influents d’institutions très conservatrices, etc. Il ne leur manque plus que d’avoir participé aux attentats du 11 septembre. Hélas ! On connaît trop cette typologie sémantique qui n’est pas avare de superlatifs, de surenchères et d’hyperboles…
Deux arguments qui ont souvent été repris justifient une mise au point. D’abord la minimisation des chiffres. La recherche contestée ne représenterait que 2 % de l’argent du Téléthon. La belle affaire ! La peine de mort ne coûtait pas bien cher non plus en 1981. Et pourtant, on en a discuté et on l’a abolie. Pour une question de principe. Par ailleurs, c’est faire peu de cas de la vie des embryons qui sont détruits. Effectivement la vie d’un embryon n’étant pas valorisée, elle ne « coûte » rien, elle n’a plus aucun prix. Voir certaines bonnes âmes invoquer cet argument économique a quelque chose de profondément indigne. Et puis, si le problème ne portait vraiment que sur 2 %, imagine-t-on un instant que le président de la République serait ainsi monté au créneau et que la polémique aurait pris cette ampleur ?
L’autre argument est un reproche : pourquoi ne pas avoir ouvert de dialogue avec l’AFM ? N’en déplaise à ceux qui le formulent, je n’ai pas attendu le journal La Croix ni Mgr Dubost pour ouvrir un dialogue avec les dirigeants de l’AFM sur des questions éthiques. J’ai rencontré Bernard Barataud il y a plus de dix ans et débattu courtoisement mais en vain avec Éric Molinié. Aujourd’hui, je constate et regrette la radicalité des positions de l’AFM qui, en refusant le fléchage des dons, oblige le donateur de bonne foi et le volontaire généreux à adhérer à toutes les valeurs de l’association et donc à cautionner certains financements et positionnements qu’ils peuvent légitimement récuser en conscience. Quel choix leur reste-t-il alors ?
Le détournement du sacré
Le moment le plus fort de la semaine est tout de même venu du député PS, Manuel Valls, s’indignant avec virulence, devant l’Assemblée nationale, « qu’on porte atteinte à la laïcité ».
À cet égard, on assiste à un double paradoxe intéressant.
D’un côté le bloc État/Téléthon, qui édicte des dogmes : le progrès passe nécessairement par la transgression. Il exige une allégeance inconditionnelle : on soutient religieusement le Téléthon, on discutera éventuellement après s’il reste du temps. Il encense une sorte de liturgie compassionnelle : vous n’avez pas souffert (qu’en savent-ils d’ailleurs ?) donc vous ne pouvez pas comprendre. Il alimente des fantasmes : demain le clonage et les cellules souches embryonnaires nous guériront de tout. Il interdit l’esprit critique : pas un mot des thérapies cellulaires alternatives à partir des cellules souches adultes ou issues du sang de cordon ombilical qui ne posent aucun problème éthique.
De l’autre, l’Église émet des doutes : il n’est pas certain que l’instrumentalisation de l’embryon soit une panacée pour guérir la myopathie. Elle pose des questions : où est le progrès de la recherche et de la médecine quand on ne fait naître que des enfants en bonne santé après élimination des embryons ou des fœtus malades ? Elle évoque des évidences biologiques : l’embryon est un membre à part entière de l’espèce humaine qui mérite notre respect même s’il est malade. Elle ramène à la raison : que devient une technique qui ne reste pas exclusivement au service de l’homme ? Est-ce parce que c’est légal que c’est moral ?
En somme, on voit la société civile sombrer dans l’irrationnel en sacralisant la techno-science, en divinisant le progrès, bref en parlant le langage du mythe. Et on voit l’Église, au contraire, en appeler à la raison, à l’intelligence, à l’observation scientifique, à l’objectivité et à la compassion pour dire que la recherche et médecine doivent être humaines. Et que cette humanité est d’ailleurs la condition de son efficacité, de ses progrès et de son succès. La société civile est dans la certitude et l’intransigeance (« il faudrait presque envisager une opération commando pour obtenir les moyens de travailler correctement sur les cellules souches embryonnaires » disait déjà le Pr. Peschanski en décembre 2005). L’Église est dans le doute et la nuance : n’y a-t-il pas des moyens plus respectueux, plus rapides et plus rationnels pour soulager la souffrance que de prétendre supprimer des êtres pour en sauver d’autres ?
Si l’Église ne tenait pas ce langage de réalité, mais qui le tiendrait ? On l’a vu, elle est la seule institution, en France, aujourd’hui capable de dérouler une anthropologie différente, cohérente et solidaire face à l’eugénisme libertaire selon Michel Onfray demandant pour les parents le « tri cellulaire pour favoriser la configuration existentielle la plus hédoniste pour leurs enfants ».
Alors qui manipule qui dans cette affaire ? Dire de ceux qui ne sont pas d’accord qu’ils attentent à la laïcité ne repose sur rien. C’est juste une invective.
En l’occurrence, dans ce débat, seule l’Église est vraiment laïque car elle seule refuse l’archaïsme de la sacralisation du profane — qui est la vraie menace — et elle seule réserve le sacré à ce qui doit l’être : l’homme de ses premiers instants à son dernier souffle.
*Jean-Marie Le Méné est le président de la Fondation Jérôme-Lejeune.
(c) Source : Libertepolitique.com
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25 novembre 2005
Eclairage éthique sur le Téléthon 2005, par la Fondation Jérôme-Lejeune
En cette époque de l'année, vous êtes nombreux à poser des questions sur le Téléthon, qui aura lieu les 2 et 3 décembre prochains. Sans mettre en doute la bonne volonté de nombreux participants et le succès de certaines réalisations du Téléthon, il nous est apparu nécessaire de répondre avec transparence à ceux qui nous interrogent.
CERTAINES RECHERCHES SONT CONTRAIRES AU RESPECT DE LA VIE HUMAINE
1/ La sélection des embryons pour leurs critères génétiques. Des équipes de scientifiques financées par le Téléthon utilisent la méthode de sélection des embryons d'après leurs caractéristiques génétiques dénommée diagnostic pré-implantatoire (ou DPI). Quand un couple est porteur d'une maladie génétique, on lui propose de faire une fécondation in vitro, puis de rechercher sur les embryons obtenus ceux qui sont porteurs de la maladie et ceux qui ne le sont pas. Seul l'embryon qui n'est pas porteur de la maladie est réimplanté, les autres sont détruits.
Les enfants rescapés de ce tri embryonnaire ne sont donc pas guéris puisqu'ils n'ont jamais été malades. Et les embryons malades ne sont pas non plus guéris puisqu'ils sont détruits. Ainsi est né le petit Valentin (en bonne santé évidemment) et sont morts ses frères et sœurs au stade embryonnaire. Cette annonce a été le moteur médiatique de la campagne du Téléthon 2000 (Communiqué de presse, AFM, 30/11/2000).
2/ La recherche qui utilise des fœtus avortés. Des travaux sur les maladies de Parkinson et de Huntington entraînent des greffes de cellules neurales extraites de fœtus avortés. Il faut en général utiliser de 3 à 10 fœtus pour un patient (1) et il s'agit de fœtus dont les cellules neurales ne sont pas encore mortes pour que la greffe réussisse. Un essai pour la maladie de Huntington fut réalisé sur 5 patients en 2000, un autre portant sur 100 patients a démarré en 2002 et serait toujours en cours (2).
Dès 2002 l'équipe annonce qu'elle manque de cellules fœtales, " cherche de nouvelles sources de cellules pour les greffes et espère notamment pouvoir expérimenter sur les cellules souches embryonnaires humaines " (3). Cette recherche fait partie des quelques programmes très médiatisés par l'association.
3/ L'utilisation des embryons pour la recherche. Le Téléthon a permis de financer en 2004 un centre d'étude sur les cellules souches embryonnaires. L'objectif est de créer un Institut de recherche dédié aux cellules souches embryonnaires, I-STEM, qui sera le premier centre français de test à grande échelle des recherches sur l'embryon humain. Rappelons que la recherche sur les embryons humains ne signifie pas qu'on envisage de guérir des embryons malades. Mais cela signifie qu'on prélève des cellules de l'embryon (que l'on détruit) pour les utiliser comme matériau de recherche.
4/ L'importation des cellules embryonnaires pour la recherche. Certains scientifiques attendaient avec impatience de pouvoir travailler sur les embryons " surnuméraires, dépourvus de projet parental ". La loi de bioéthique de 2004 autorise aujourd'hui ces recherches. Mais les décrets d'application n'étant pas signés, les chercheurs ne pouvaient pas utiliser ces embryons français.
Certains chercheurs financés par le Téléthon ont donc obtenu, en février 2005, des ministres de la Santé et de la Recherche, des autorisations spéciales d'importer des cellules embryonnaires pour pouvoir commencer tout de suite leurs recherches dans le cadre du projet I-STEM (4). Une autre autorisation d'importation de cellules embryonnaires humaines a été signée en septembre 2005 (Le Quotidien du médecin, 2 septembre 2005).
LE LOBBYING D'UNE ASSOCIATION DONT LA SEULE ETHIQUE EST LA LOI
"L'AFM a toujours eu comme politique de se conformer à la loi, et rien qu'à la loi (5)." L'influence de l'association française contre les myopathies (AFM), organisatrice du Téléthon, est devenue importante dans la politique de recherche de l'État. Mais ce pouvoir n'a pas de contrepoids éthique suffisant. En effet, les seules prétentions éthiques de l'AFM sont de se conformer à la loi, même quand celle-ci ne respecte pas la vie humaine avant la naissance. Il suffit dès lors à l'AFM d'orienter la loi selon ses objectifs, ce qu'elle fait…
Ainsi l'AFM a-t-elle mené une action de lobbying auprès de l'État pour obtenir le décret d'application du diagnostic pré-implantatoire. Eric Molinié, ancien président de l'AFM, s'en explique dans son livre La Bioéthique, foire aux fantasmes (2001) : "Par exemple, en 1997, nous avons adopté une résolution sur le diagnostic pré-implantatoire (DPI) pour demander au gouvernement de voter les décrets d'application de la loi sur la bioéthique le concernant." En 2000, après la naissance du premier bébé obtenu après DPI, l'association se réjouit : "Ce résultat [...] récompense le militantisme de l'AFM sur ce sujet."
La méthode de l'AFM pour obtenir l'autorisation de la recherche sur l'embryon. Une " conférence de malades " a été organisée en juin 2002, sur les cellules souches et le clonage humain. Il s'agissait de confronter des scientifiques à un panel de douze personnes malades ou parents d'enfants malades. Tous les scientifiques invités étaient favorables à la recherche sur l'embryon et un certain nombre était favorable au clonage d'embryons pour la recherche (dit thérapeutique). Ils ont vanté aux malades les thérapeutiques possibles grâce aux cellules embryonnaires et au clonage humain.
À l'issue de cette journée, les malades devaient exprimer leurs attentes et rédiger leurs recommandations à destination du grand public, des médias et des parlementaires, en vue de la révision des lois de bioéthique. Que contenaient ces recommandations ? Évidemment la demande d'autoriser la recherche sur l'embryon et le clonage humain pour la recherche. En août 2004, les parlementaires votaient la loi autorisant la recherche sur les embryons surnuméraires.
Le lobbying de l'AFM déjà en action pour obtenir le clonage humain. Le panel de malades de la conférence de consensus concluait déjà en 2002 qu'il est "non légitime d'interdire ou de proposer un moratoire sur le clonage thérapeutique" (6). Le Pr. Peschanski, financé par le Téléthon, considère le clonage "comme un nouveau et enthousiasmant secteur de recherche" (Le Monde, 11 février 2005).
Une proposition de loi demandant d'autoriser le clonage d'embryons pour la recherche a été déposée au Sénat et une autre à l'Assemblée. Celle-ci est soutenue par quatre scientifiques français, dont le Pr. Peschanski qui déclarait à l'AFP le 20 mai 2005 : "Maintenant il faut changer la loi très vite parce qu'autrement, nous aurons cinq ans de retard. On a vraiment besoin de cette technique puisqu'elle est jouable." Un groupe d'études sur les applications des biotechnologies en génétique et les problèmes éthiques vient d'être créé à l'Assemblée nationale...
L'OPINION PUBLIQUE EBRANLEE EN DECOUVRANT L'ENVERS DU DECOR
Le Téléthon bénéficierait-il d'autant de soutiens si l'on savait que :
1/ Les survivants de l'avortement - les "bébéthons" - ont servi à l'appel à la générosité du public. Déjà le Pr. Jacques Testart avait mis en garde : "La mise en scène triomphaliste de victoires toujours promises sur le malheur est un argument qui ne correspond pas à la rigueur scientifique. Le Téléthon a d'abord présenté des enfants myopathes, appelant à la solidarité des téléspectateurs. Après quelques années, on a pu voir apparaître à l'écran des enfants heureux d'être normaux dont l'existence était annoncée comme consécutive à la générosité du public : ces "bébéthons" étaient en réalité les survivants du diagnostic prénatal, lequel les avait démontrés normaux in utero malgré leur conception par des “couples à risques” (Le Monde, 9 décembre 2000)."
2/ Les personnes handicapées elles-mêmes réagissent face à ce qu'elles perçoivent comme une violence à leur encontre. Voici des témoignages recueillis par Danielle Moyse et Nicole Diederich dans leur livre Les Personnes handicapées face au diagnostic prénatal (Erès, 2001) :
"Si on me dit que l'association française contre les myopathies va se consacrer au dépistage anténatal dans un but de favoriser l'élimination prénatale, j'arrête tout de suite de donner et de me mobiliser".
"J'émets une grande réserve quant aux “bébéthons” car on croit que c'est grâce à la recherche qu'ils ont guéri alors qu'ils sont le fruit d'une sélection ; et l'avortement thérapeutique en a fait disparaître bien d'autres. D'où la question : “Et si mes parents m'avaient avorté ?” Je suspecte la recherche scientifique d'être utilisée, non pas pour la recherche thérapeutique, mais pour une suppression des malades".
"En regardant une émission sur le Téléthon, j'ai compris. Il y avait toujours une kyrielle de beaux bébés qu'ils appelaient les “bébés miracles du Téléthon”. […] Dans le bouquin, (sur l'aventure du Généthon) on pouvait lire que grâce au progrès, on pouvait empêcher les enfants de souffrir en ne les faisant pas naître… J'étais révoltée d'avoir envoyé de l'argent pour ça".
3/ La naissance de Valentin, après un tri embryonnaire, a été faussement présentée comme un grand succès thérapeutique. On a pu lire en effet que "l'AFM a partiellement à son actif de grands succès thérapeutiques" (Le Monde, 9 décembre 2000), notamment "la naissance en France du premier enfant en bonne santé à la suite d'un diagnostic préimplantatoire (DPI)" (7). Or Valentin est un rescapé du tri embryonnaire. Il n'a jamais été guéri, car il n'a jamais été soigné, car il n'a jamais été malade. C'est donc une triple contre-vérité qui a été largement médiatisée. L'opinion publique est persuadée à tort que si Valentin est en bonne santé, c'est grâce au Téléthon.
4/ La " conférence de malades " organisée par l'AFM pour produire des recommandations favorables à la recherche sur l'embryon et au clonage humain a été une mise en scène. Quel homme politique, quel média, résisterait à la demande formulée par des parents d'enfants malades ou par des malades eux-mêmes ? Mais que penser de l'objectivité de recommandations obtenues sous l'influence des chercheurs désireux d'obtenir l'autorisation de recherche sur l'embryon ?
> Enfin, qui sait parmi le grand public que le lobbying de l'AFM est actif aujourd'hui
pour modifier la loi de bioéthique de 2004 et obtenir l'autorisation du clonage humain ?
Faudra-t-il attendre une autre " conférence de malades " et l'invitation du spécialiste coréen du clonage pour influencer les parlementaires, avant que nous réagissions ?
© Fondation Jérôme-Lejeune
Source : Libertepolitique.com
Notes
(1) Rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques du 24/02/2000.
(2) www.afm-france.org, les essais cliniques en cours soutenus par l'AFM, mise à jour septembre 2005
(3) Repères (journal de l'INSERM), mars 2002.
(4) Le Monde, 18 février 2005 ; Le Figaro, 19 février 2005 ; Actualités de l'Institut de Myologie, 4 mars 2005 (in Orphanews)
(5) Eric Molinié, ancien président de l'AFM, in La Bioéthique, foire aux fantasmes, 2001.
(6) Publication des recommandations du panel, 27 janvier 2003
(7) Communiqué de presse AFM Téléthon 2000
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