27 novembre 2007

Mgr Dominique Rey : "Nous ne pouvons pas nous associer à l'instrumentalisation de l'embryon"

4fcf5c763779e08e519c5d26390d2ce1.jpgInterrogé sur la nécessité pour l'Eglise d'alerter les consciences, comme l'a rappelé Mgr Vingt-Trois après l'assemblée plénière des évêques des 7-8 novembre, Mgr Dominique Rey revient sur les principes non négociables de l'engagement des chrétiens à propos du Téléthon. 

[Diocèse de Fréjus-Toulon, document] - "Nous ne pouvons que nous sentir solidaire de la tragédie que vivent les familles et les enfants marqués par cette terrible maladie génétique qu’est la myopathie. Les efforts considérables entrepris par les bénévoles, les associations, les écoles… qui se mobilisent pour collecter des fonds afin de lutter contre la maladie, ne peuvent que susciter admiration et encouragement.

La polémique qui s’est développée autour du Téléthon l’an passé souligne aussi les dérives dans l’utilisation d’une part des dons pour financer certaines recherches qui manipulent et détruisent les embryons, comme s’ils n’étaient que de simples matériaux de laboratoire.

Chacun doit se mobiliser face à cette maladie, avec le double souci de la générosité et du discernement.

L’Eglise a rappelé à maintes reprises le "principe non négociable" du respect de la vie de l’enfant à naître. En suivant ce principe, nous ne pouvons pas nous associer à la promotion de recherches qui instrumentalisent l’embryon. Nous demandons le fléchage des dons, et soutenons aussi les investigations prometteuses faites sur les cellules souches adultes et sur le sang du cordon ombilical, et qui respectent ce principe."

 

+Dominique Rey,

Evêque de Fréjus-Toulon 

14 novembre 2007

Mgr Raffin : “Il m’est impossible de soutenir la campagne du Téléthon”

d472c05139ba2a6be5306a833cdfcc6b.jpg[Communiqué de l'évêché de Metz] - La campagne du Téléthon 2007, on le sait, est pilotée depuis Metz. Un fort engagement des médias à la cause qu’il défend a fait que le Téléthon est devenu, depuis sa première édition en 1987, une grande opération nationale de solidarité destinée à financer les recherches susceptibles de guérir les myopathies.

L’Association française contre les myopathies (AFM), créée en 1958, favorise et soutient, grâce aux fonds recueillis à l’occasion du Téléthon, des recherches destinées à découvrir l’origine des maladies neuromusculaires et plus largement des maladies d’origine génétique, et à développer des thérapies classiques ou plus innovantes comme la thérapie génique ou la thérapie cellulaire.

Mais, en même temps, une partie des fonds de la collecte du Téléthon — un peu moins de 2 % — est affectée à la recherche sur les embryons.

Certes, je me réjouis de ce que la solidarité nationale finance des recherches concernant la santé — encore que celles-ci pourraient être financées par les seuls fonds publics —, mais je ne puis être d’accord avec le financement de recherches, si minimes soient-elles, en contradiction manifeste avec l’éthique, même dans un cadre strictement défini par la loi : le légal en effet n’est pas forcément moral.

L’embryon humain n’est jamais un objet utilisable au gré d’intérêts divers, même si, parmi ces intérêts, il y a la guérison possible de maladies graves.

Par conséquent, tant que l’on n’offrira pas aux donateurs la possibilité de s’opposer à l’affectation éventuelle de leurs dons à la recherche sur les embryons, il m’est impossible de soutenir la campagne du Téléthon.

Le 9 novembre 2007
+ Fr. Pierre Raffin, o.p.,
évêque de Metz

10 novembre 2007

Mgr André Vingt-Trois : "La générosité ne légitime pas tout"

 Extrait du discours de clôture de l'assemblée plénière des évêques de France

5e4e690f89cd995daee83419bbe7e146.jpg[Lourdes, 8 novembre 2007] - [...] Notre mission, c’est aussi d’alerter les consciences de nos contemporains. Nous le savons, les occasions ne manquent pas. La prochaine révision des lois de bioéthique supposera des interventions qualifiées auxquelles une cellule de notre conférence travaille déjà. Mais, plus profondément que les prises de position nécessaires sur tel ou tel sujet particulier, c’est tout un état d’esprit qui est en cause, une mentalité. Tous doivent travailler à ce niveau de profondeur où affleure la question de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Nous ne pouvons rester comme des chiens muets quand nous voyons se développer une sorte d’instrumentalisation rampante de la personne humaine.

On le constate aussi bien dans les domaines économiques et sociaux que dans le domaine de la bioéthique. Jusqu’où irons-nous dans l’utilisation et l’exploitation de l’être humain pour la satisfaction de nos désirs, même légitimes, même généreux ? C’est à la lente transformation des attentes et des requêtes de nos contemporains que nous devons travailler sans relâche. Nous devons avoir le courage de leur dire que notre mode de vie actuel ne pourra pas être préservé sans grave dommage pour l’avenir : dommage écologique mais aussi dommage financier des dépenses faites sur le compte des générations futures, misère culturelle et misère affective.

C’est à ce niveau de réflexion que se situent les questions que nous avons posées à propos du Téléthon. Nous pensons d’abord aux jeunes malades et à leurs familles, à leurs espoirs de guérison et à leur courage. Nous admirons la générosité qui anime ceux qui participent au téléthon et nous n’avons pas l’intention de jeter le discrédit sur cette générosité qui porte des fruits. Des chrétiens nombreux se joignent à ce grand mouvement de solidarité comme à d’autres initiatives qui ne sont pour autant ni confessionnelles ni implantées dans des organisations ecclésiales. Mais la générosité ne légitime pas tout. Nous souhaitons donc que chacun réfléchisse et que soient entendues les graves questions que nous avons soulevées : tri embryonnaire, utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation de jeunes malades. Ces questions ne sont pas seulement les nôtres, mais nous devons les formuler. [...]

 
+ André Vingt-Trois,

archevêque de Paris,

président de la Conférence des évêques de France

 

 

 

06 décembre 2006

Téléthon 2006, des évêques s’engagent : "Pas de chèque en blanc"


Source : Libertepolitique.com

Cardinal Jean Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France: "J’arrive d’un voyage de dix jours au Vietnam et je suis un peu étonné de la polémique qui s’est développée en France autour du Téléthon.

"Je tiens tout d’abord à dire que l’Église catholique n’appelle pas au boycott du Téléthon. Il faut reconnaître à cette initiative et à l’association qui la porte le mérite d’avoir fait connaître à l’opinion publique le drame de la myopathie et d’avoir mobilisé la solidarité de tous.

"Dans la lutte contre cette maladie, je pense d’abord aux malades, à leurs familles, aux médecins et aux chercheurs.

"Plusieurs évêques ont attiré l’attention, à juste titre, sur un point qui nous fait problème : l’utilisation de cellules embryonnaires pour la recherche. C’est une question grave sur laquelle je me suis déjà plusieurs fois prononcé, en particulier au moment du vote des lois sur la bioéthique en 2004, et encore récemment en juin dernier.

"Je suis inquiet de voir que tous les garde-fous que l’on met dans ce domaine pour encadrer la recherche sont sujets à remise en question les uns après les autres. La question est redoutable : où allons- nous ? C’est l’avenir de l’homme qui est en jeu.

"Mais je crois que ce serait un mauvais procès de faire porter tout le poids de cette interrogation au Téléthon qui ne consacre, malgré tout, que moins de 2 % des dons reçus à cette recherche. Il serait bon que le débat sur ces questions soit repris plus largement, au moment de la révision des lois sur la bioéthique. Ceci dit, il est légitime qu’à l’occasion du Téléthon, beaucoup de catholiques s’interrogent sur l’affectation de leurs dons. Je suis moi- même prêt à rencontrer les responsables de l’Association du Téléthon dans les semaines qui viennent, s’ils le désirent. »

Cef.fr, 8 décembre 2006



Mgr Jean-Louis Brugès, évêque d'Angers : "Le Telethon fête cette année son 20ème anniversaire. Les manifestations des 8 et 9 décembre suscitent un grand et bel élan de solidarité dans notre pays. Elles posent aussi des questions.

"L’Association Française contre les Myopathies a été créée dans notre département en 1958. Sa fondatrice vient de rappeler ses origines dans la presse locale.

"Des milliers de personnes donnent chaque année de leur imagination, du temps et de l’argent en participant au Téléthon. C’est aussi le cas de paroisses et d’écoles catholiques. Le but recherché est de lutter plus efficacement contre cette terrible maladie. Il s’agit encore d’aider les familles affectées et les soignants. Ce but est généreux : il faut l’encourager de notre mieux.

"Une partie des fonds recueillis sert à financer la recherche médicale. Il est normal que les donateurs se préoccupent de savoir à quoi sert leur argent. C’est une question de déontologie.

"Plusieurs de ces recherches impliquent l’utilisation de cellules souches embryonnaires. Ne nous payons pas de mots : ce sont des embryons humains qui sont ainsi utilisés et détruits.

"Nous ne pouvons l’accepter. Une fin, si utile soit-elle, ne justifie pas les moyens employés. La dignité humaine ne se divise pas : elle n’est pas moindre dans l’embryon, ou dans celui qui est parvenu au terme de sa vie. L’être humain ne peut jamais être instrumentalisé.

"Les chrétiens sont invités à être solidaires des malades et de leurs familles dans le cadre du Téléthon. La générosité doit être lucide. Les chrétiens ont aussi le devoir de se mobiliser pour le respect de la dignité humaine.

"Ces questions sont trop importantes : il convient de les approfondir ensemble. Une réflexion éthique doit être poursuivie dans notre diocèse.

Catholique-angers.cef.fr, 3 décembre 2006




Cardinal Philippe Barbarin: "Ce n'est pas parce que c'est légal que c'est moral. Pour nous l'embryon humain n'est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l'utiliser on ne peut pas le trier, non non et non !"

"Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire ça, il y a énormément de donateurs qui le pensent donc cela met les donateurs dans une situation difficile intérieure".

Europe 1, 2 décembre 2006



Mgr Michel Di Falco Leandri, évêque de Gap : "[...] Dans le cas du Téléthon, les organisateurs et chercheurs ne cachent pas que la collecte sert et va servir à financer notamment les recherches sur les cellules souches embryonnaires. Des responsables de l'AFM, association organisatrice du Téléthon, affirmaient récemment : « Depuis 2006, la loi autorise certaines recherches encadrées sur des embryons surnuméraires, l'AFM, l’INSERM et l’université d’Evry soutiennent ces recherches » (article Libération du 9/11/2006).

De même, vis à vis des recherches sur cellules souches embryonnaires, des chercheurs bénéficiants des dons de l'AFM affirment : « La question ne se pose pas. Nous, les chercheurs, nous sommes pragmatiques. Or autant l'on sait que la piste des cellules souches embryonnaires est valide, car on dispose d'une pile de travaux scientifiques sur la question, autant il n'y a presque rien sur les cellules adultes » (Article La Croix du 21/11/2006).

Concrètement, que faire ? La question qui se pose au vu de ces éléments est la suivante : est-il possible, en tant que catholiques d'apporter son soutien à une oeuvre telle que le Téléthon en 2006 ? "Les chrétiens, de même que tous les hommes de bonne volonté, sont appelés, en vertu d'un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu'admises par la législation civile, sont en opposition avec la Loi de Dieu." (Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 74).

Site du diocèse de Gap, 1er décembre 2006



Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon : « Comme chaque année, à l’approche du Téléthon, nous sommes appelés à répondre à de nombreuses questions liées à cet événement humanitaire. 2006 marque la vingtième édition du Téléthon. Pour la première fois, le Téléthon bénéficiera de 30 heures de télévision en direct. Pourtant, de nombreuses personnes s’interrogent sur cette vaste opération médiatique qui permet de financer à la fois les recherches et les traitements des maladies liées à la myopathie.

« Depuis toujours, l’Eglise s’est trouvée aux premières lignes du combat humanitaire. Dans ce combat pour la dignité de la personne, elle ne sépare jamais la promotion de la solidarité sociale (qui refuse la misère et l’exclusion sous toutes ses formes) d’avec la défense de la vie, depuis la conception de l’être humain, jusqu’au dernier souffle.

« Cependant, il nous faut relire la mise en garde délivrée par le Pape Benoît XVI le 16 septembre 2006, à l’issue d’un congrès sur l’avenir des thérapies issues des cellules souches : "Tout au long de son histoire, l’Eglise a soutenu les recherches consacrées au traitement de maladies et au bien de l’humanité. Mais elle s’est opposée, et s’oppose encore, à celles qui conduisent à la suppression d’êtres humains, y compris ceux qui sont à naître. L’Histoire elle-même a condamné dans le passé, et condamnera dans le futur, une telle science, non seulement parce qu’elle est privée de la lumière de Dieu, mais aussi parce qu’elle est privée d’humanité."

« A différents moments l’Eglise a rappelé la constance de son enseignement sur la nécessaire conformité de la loi civile avec la loi morale. Le 29 juin 2006, Mgr Ricard, président de la Conférence des Evêques de France, précisait notamment que "se poursuit la mise en place d’un processus de réduction de l’embryon humain à l’état de moyen, ce qui constitue une grave transgression éthique. Nous devons redire que l’embryon humain ne peut être considéré comme un simple matériau de laboratoire". Le cardinal Ricard rappelait à cette occasion à l’Union européenne "le devoir moral de s’abstenir de promouvoir par le biais d’un financement communautaire ce type de recherche".

« L’Eglise invite donc les chrétiens à se mobiliser avec générosité pour favoriser le progrès de la science mais également, avant d’effectuer leur choix et soutenir tel ou tel organisme, à s’informer sur les recherches et les traitements qui prennent en compte ces repères éthiques. "Ce n’est pas parce que le Téléthon est une entreprise généreuse, parce qu’il a permis de grands progrès, d’abord dans la prise de conscience de l’existence des enfants myopathes et ensuite dans la recherche pour des traitements contre la myopathie, que ça lui donne un chèque en blanc" disait récemment Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Pour être en cohérence avec l’enseignement moral de l’Eglise, nous ne pouvons promouvoir des campagnes de dons que si elles offrent toutes les garanties éthiques nécessaires sur les expérimentations qu’elles soutiennent, en particulier vis-à-vis de l’embryon qui ne peut être considéré comme un simple matériau, puisqu’il est un enfant à naître.

« Dans cette perspective, je souhaite que se développent de nouvelles orientations de recherche, qui respectent l’éthique de la vie, que défend l’Eglise dans son enseignement.»

+ Dominique Rey, 18 novembre 2006, Diocèse-Frejus-Toulon.com



Mgr de Germiny, évêque de Blois : « L’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Rey a initié une réflexion salutaire sur le Téléthon. Je soutiens entièrement sa prise de position. L’affaire est d’importance car est en jeu la lutte contre une affection redoutable, la myopathie. Mais l’Eglise, au nom du respect de la vie s’oppose à l’utilisation de cellules souches embryonnaires. "Aucune finalité, si noble soit-elle, comme la prévision d’une utilité pour la science, pour d’autres êtres humains ou pour la société, ne peut en quelque manière justifier l’expérimentation sur des embryons ou des fœtus humains vivants, viables ou non, dans le sein maternel ou en dehors de lui" (Académie pontificale pour la vie).

« En conscience, je dois dire non au Téléthon, tel qu’il se pratique aujourd’hui sans transparence financière dans l’affectation des fonds aux différents programmes de recherche. Mais je reconnais comme très positif l’élan fraternel et collectif dont sont capables les Français. Au nom de la raison et de la foi je dois être solidaire de ceux qui éprouvent une détresse physique, morale et favoriser la recherche scientifique capable de vaincre une maladie tout en respectant l’homme depuis sa conception jusqu’à sa mort. Puissent des recherches essentielles se développer. »

Extrait du Message pour l'Avent, novembre 2006, Catholique-Blois.net




Père Michel Aupetit, vicaire général du diocèse de Paris : « Ces jours-ci, le Téléthon est l'objet d'un débat public. Par le passé, la critique a pu venir d’un scientifique comme Jacques Testard, exprimant ses doutes sur “la mise en scène triomphaliste de victoires toujours promises” [1]. Depuis ces dernières années et aujourd’hui, elle émane de plusieurs associations et de catholiques.

« Les chrétiens se sont associés dès le départ à cette œuvre généreuse. Des congrégations qui prennent en charge les handicapés ont aidé à la réalisation initiale, en particulier les frères de Saint Jean de Dieu. Depuis, la plupart se sont retirées de l’opération car les fonds recueillis étaient de plus en plus destinés à des travaux scientifiques éthiquement discutables.

Quels sont les problèmes ?

1/ Le Téléthon finance l'institut I-STEM qui est le premier centre français de recherche sur l'embryon humain. Or l'utilisation des cellules embryonnaires à des fins de recherche nécessite la destruction de l'embryon humain. Par ailleurs, il existe une alternative thérapeutique qui a déjà fait ses preuves : l'utilisation des cellules souches adultes prélevées sur le patient lui-même et des cellules du cordon ombilical prélevées à la naissance du bébé. Ces cellules, dont l'emploi ne pose aucun problème éthique, ont été déterminantes pour guérir des maladies du sang et 58 maladies répertoriées ont été traitées par leur biais.

2/ Les “bébéthons” qui sont présentés comme un grand succès thérapeutique ne sont pas le fruit d'une guérison due à la recherche sur le génome, comme on aurait pu l'espérer, mais le fruit d'une sélection embryonnaire. On pratique une fécondation in vitro de plusieurs embryons et on sélectionne l'embryon sain en éliminant les autres. Ce n'est donc pas un bébé “guéri” mais un bébé “survivant”.

3/ Le Professeur Marc Peschanski, directeur de l'institut I-STEM financé par le Téléthon, milite activement pour le clonage rebaptisé pudiquement « transposition nucléaire ». Devant le scandale provoqué par les falsifications du Professeur coréen Hwang, le but avoué du clonage n'est plus l'éventualité de guérison de maladies graves mais l'utilisation du clone pour la recherche fondamentale ou même pour l'industrie cosmétique. On est bien loin des objectifs initiaux et on comprend les sérieuses réserves de ceux qui posent la question : “La médecine est-elle au service de l'homme ou l'homme est-il au service de la médecine ?”

« Il convient de saluer l’admirable générosité qui se déploie dans la préparation et le déroulement de cette grande opération annuelle ! Mais, au-delà de la nécessaire transparence sur la destination des fonds, il est légitime de faire part ouvertement de questions de conscience face à une opération aussi médiatisée. Oui, il faut aider la recherche. Mais lorsqu’elle porte sur l’être humain, elle doit plus encore que jamais accepter une réflexion éthique approfondie. Il s’agit de garantir la finalité humaine de la science. »

[1] J.Testard, Des hommes probables, Seuil, 1999, 31.

Communiqué du diocèse de Paris, 15 novembre 2006.






Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon : « Chaque année, le Téléthon fait appel — comme d’autres évènements — à la générosité des Français. Chaque année, les Français sont heureux d’être réunis dans un élan national de solidarité qui, grâce à la télévision, est aussi gigantesque que festif. Comme évêque, je salue le dévouement des organisateurs, l’enthousiasme de ceux qui participent aux nombreuses activités proposées et l’aide financière apportée par tous ceux qui donnent dans l’intention d’aider la recherche sur les maladies rares.

« Néanmoins, pour que cet effort garde tout son sens, il faut souhaiter que les fonds collectés servent intégralement à des recherches scientifiques qui respectent la vie à tous les stades de son existence et n’atteignent en rien à la dignité de l’homme. Je souhaite que tous les donateurs restent vigilants sur l’utilisation des fonds collectés par le Téléthon et qu’ils puissent assurer un véritable droit de regard pour la pleine réussite d’une opération qui, en soi, mérite d’être soutenue.

« Comme tout élan de solidarité, le Téléthon est et sera beau dans la mesure où il respecte et respectera l’homme et tout homme, même dans ses stades les plus fragiles.»

Communiqué du diocèse d’Avignon.



Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris : « Le Téléthon est une entreprise généreuse. Il a permis de grands progrès, d’abord dans la prise de conscience de l’existence des enfants myopathes et dans leur prise en charge, et ensuite dans la recherche contre la myopathie. Mais cela ne lui donne pour autant pas un chèque en blanc, en particulier quand sont privilégiées des pistes de recherche passant par la destruction d’embryons humains.

« Que des gens qui financent la recherche de leur propre poche posent des questions sur les conditions éthiques dans lesquelles elle se déroule, je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire. On peut même considérer que c’est un service que l’on rend. Si le Téléthon est une opération spectaculaire, il y a cependant d’autres moyens d’aider la recherche. D’autre part, des groupes se mobilisant pour le Téléthon pourraient dire : "Nous voulons bien contribuer à la collecte, mais pas pour faire n’importe quoi" ».

Déclaration à “Radio Notre-Dame”, 12 novembre.
source :
Catholique-paris.cef.fr



Mgr Jean Laffitte, vice-président de l'Académie pontificale pour la vie (photo) : « Je n'ai pas à me mêler des décisions que prend un évêque dans son diocèse [dit-il en parlant du pasteur de l'évêché de Toulon-Fréjus]. Néanmoins, je dois convenir qu'un chrétien, évêque ou simple croyant à le devoir de se conformer aux prescriptions du Magistère de l'église.

La doctrine de l'Église, c'est qu'on peut faire des expérimentations sur les cellules souches adultes, c'est-à-dire celles qu'on a prélevées sur la peau, par exemple, ou sur une autre partie du corps.

« Mais l'église s'oppose à l'utilisation des cellules souches embryonnaires. Aucune finalité, même noble en soi, comme la prévision d'une utilité pour la science, pour d'autres êtres humains ou pour la société, ne peut en quelque manière justifier l'expérimentation sur des embryons ou des fœtus humains vivants, viables ou non, dans le sein maternel ou dehors de lui.

« L'évêque de Toulon-Fréjus agit donc en conformité avec la doctrine officielle de l'église. On ne peut pas en effet encourager quelqu'un qui agit à l'encontre de ces directives. »

Déclaration au Journal de Saône-et-Loire, à Paray-le-Monial, 13 novembre, lors du Ve colloque “Bioéthique et vie humaine”, organisé par “Amour et vérité” (Communauté de l'Emmanuel).

10 novembre 2006

Téléthon 2006 : la mise en garde du diocèse de Fréjus-Toulon fait des vagues

«Il n’est plus possible de participer au Téléthon», c’est l’avis très net diffusé sur le site du diocèse de Fréjus-Toulon, un avis courageux qui, une fois connu, a soulevé une mini-tempête médiatique (cf. infra). «Retour au Moyen Âge» s’indigne l’AFM dans le quotidien Libération (10 nov.). Certes, le communiqué n’engage qu’un organe consultatif. Il est signé par la commission bioéthique de “l’Observatoire socio-politique” du diocèse. Et le scandale qu’il a provoqué a immédiatement entraîné des prises de distance : «Texte en débat» dit-on à l’évêché [1]. Mais il est signé par le responsable de la formation en bioéthique du diocèse, Pierre-Olivier Arduin, et il est l’expression de fidèles laïcs investis d’une responsabilité institutionnelle : ces chrétiens osent invoquer leur liberté de conscience pour témoigner de leur opposition à une démarche éthique et médicale trop ambiguë pour être soutenue (dépistage conduisant à l’élimination des embryons malades). Et leurs arguments n’ont pas été réfutés.

Le jugement des catholiques sur l’éthique du Téléthon n’est pas nouveau. L’AFM le reconnaît. De nombreux chercheurs et médecins ont tiré la sonnette d’alarme depuis longtemps (voir le dossier de la Fondation Jérôme-Lejeune dans nos colonnes). Mais il est significatif que ce soit une prise de parole catholique appelant publiquement à une véritable objection de conscience qui provoque le tollé. La liberté de penser, passe encore, mais celle de dire, d’agir et même de s’abstenir existe-t-elle encore pour les catholiques ?

C’est la preuve en tout cas que l’Église peut encore se faire entendre lorsqu’elle le veut, même au prix d’un procès médiatique. Ce n’est pas le moment de faire machine arrière.

Fondation de service politique




[1] Lire le communiqué du directeur de la Communication du diocèse en postface de l’avis de la commission Bioéthique.




«Il n’est plus possible de participer au Téléthon»

DANS QUELQUES SEMAINES se tiendra le fameux Téléthon sur lequel notre Commission souhaite apporter un éclairage éthique. S'il ne nous appartient pas de juger les Français dont l'élan annuel de générosité et de solidarité est bien souvent sincère, disons tout de suite qu'il ne semble plus possible aujourd'hui de participer au financement de ce grand show médiatique.

Le philosophe Jean-Claude Guillebaud avait dès 2003 tiré la leçon de nos ambiguïtés : «Avons-nous conscience de l'ambivalence de nos choix ? Nous affichons une compassion envers les personnes souffrant de handicaps, de maladies génétiques, et nous les soutenons, y compris matériellement, dans des manifestations médiatiques spectaculaires du type Téléthon, et simultanément nous demandons aux médecins de se dépenser sans compter pour essayer de dépister ces personnes avant leur naissance ; nous leur demandons en somme de nous aider à leur éviter de naître.»

Nous savons en effet que c'est l'AFM (Association française contre les myopathies), organisatrice du Téléthon, qui a obtenu par son militantisme la publication des décrets d'État concernant le diagnostic pré-implantatoire (DPI) dont l'objectif est de trier les embryons pour éliminer ceux qui sont malades. Le DPI est venu appuyer le diagnostic prénatal (DPN) dans une grande stratégie eugéniste mise en scène de manière triomphale : les “bébéthons” — qui sont sains parce que n'ayant jamais été malades — ne sont que les survivants d'avortements programmés in vitro ou in utero.

Déployant cette logique mortifère jusqu'au bout, les nouvelles orientations de la recherche biomédicale promue par les organisateurs consistent à développer les expérimentations sur les embryons humains tout en persévérant dans un lobbying auprès des responsables politiques pour que le clonage soit rapidement dépénalisé.
C'est en 2004 que s'opère ce nouveau tournant, puisque cette année-là, le Téléthon permet de financer le tout nouvel Institut de recherche dédié aux cellules souches embryonnaires, l'I-STEM. Ceci est doublement contestable.

D'abord, sur le plan de la pure vérité scientifique qui vient d'éclater à Rome lors du congrès tenu sur les cellules souches adultes, sous l'égide de l'Académie pontificale pour la Vie, associée à la Fondation Jérôme-Lejeune et à la Fédération internationale des médecins catholiques. Des scientifiques du monde entier réunis par l'Église ont pu faire part des progrès étonnants réalisés dans le domaine des cellules souches non embryonnaires, à tel point que ce colloque à été relayé par toute la presse française, sidérée de la désinformation qui régnait jusqu'alors. En Angleterre par exemple, pas une avancée ou le moindre début de résultat à se mettre sous la dent en quinze années d'autorisation de clonage dit thérapeutique et de recherche sur les cellules souches de l'embryon. Sans compter les observations d'instabilité de l'ADN et de prolifération tumorale anarchique décrites dans les expériences animales !

Pendant ce temps, les découvertes inattendues s'engrangent avec les cellules de la moelle osseuse, de cordon de bébé, de l'épithélium olfactif, même le dogme de l'absence de cellules souches au sein du cerveau adulte et de leurs populations neuronales vient de tomber. Mais le point essentiel est bien que le droit fondamental et primordial à la vie de l'enfant embryonnaire dès sa conception est intangible ainsi que l'a rappelé Benoît XVI aux congressistes.

Or, dans le cas d'un principe qui n'admet ni dérogation, ni exception, ni compromis, les chrétiens doivent comprendre qu'est en jeu l'essence de l'ordre moral de la société et que leur engagement n'en devient que plus évident. Ils ne peuvent coopérer au mal mais doivent précisément s'y opposer. Le Saint-Siège ne vient-il pas nous conforter en rompant totalement ses soutiens financiers à Amnesty International parce que le bureau de direction avait voté la promotion du droit à l'avortement dans le monde ?
N'avait-il pas fait de même dans les années 90 lorsque Jean-Paul II avait décidé de stopper toute aide matérielle à l'Unicef qui finançait des programmes de santé en faveur des « droits reproductifs » ?

Oui, «l'opposition est frontale et définitive à la recherche détruisant des embryons humains» selon l'expression forte de Mgr Sgreccia, président le l'Académie pontificale pour la Vie. Mais parce que les résultats scientifiques sont là comme pour conforter la cohérence éthique du magistère de l'Eglise - «la recherche sur les cellules souches somatiques mérite l'approbation et l'encouragement quand se conjuguent heureusement ensemble le savoir scientifique, la technologie la plus avancée et l'éthique qui postule le respect de l'être humain à chaque stade de son existence» a pu déclarer Benoît XVI — , l'appel est d'ores et déjà lancé pour un engagement et une collaboration «des forces économiques qui sont intéressées» pour le développement d'une médecine régénérative moderne et éthique.

Pierre-Olivier Arduin





Pour en savoir plus :
■ Les éléments publiés par le diocèse de Toulon sur son site
■ La réaction de l’AFM dans Libération et sa réponse officielle au diocèse du Var
■ Vous voulez soutenir une oeuvre qui finance des programmes de recherche contre tous les handicaps dans le respect de toute vie humaine ? Vous pouvez faire un don à la Fondation Jérôme-Lejeune