11 décembre 2006
Les Français et l’éthique du Téléthon : “non” au financement obligatoire de la recherche sur les embryons, par Caroline Roux
Selon le sondage IFOP qui vient d’être réalisé, 54% des Français considèrent que l’AFM devrait garantir aux donateurs qui le désirent que leurs dons ne seront pas utilisés pour la recherche utilisant des embryons humains.
QUESTION.— Vous savez que l'Eglise catholique vient de lancer un débat en émettant des réserves sur l'usage des fonds récoltés lors du Téléthon pour financer la recherche utilisant des embryons humains. Ce type de recherche, autorisée par la loi, est contraire à l'éthique chrétienne. Selon vous, l'Association Française de lutte contre les Myopathies, qui organise le Téléthon, devrait-elle garantir aux donateurs qui le désirent que leurs dons ne seront pas utilisés de cette façon ?
Oui 54 %
Non 45 %
Ne se prononce pas 1 %
L’enquête a été réalisée sur un échantillon de 929 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées du 2 au 4 décembre 2006.
*Caroline Roux est secrétaire générale de l’Alliance pour les droits de la vie.
**Le Comité pour sauver l’éthique du Téléthon (CSET), fondé en 2003 quand l’AFM a revendiqué la légalisation du clonage, rassemble des personnes concernées par la maladie et le handicap (personnes malades, familles, soignants, sympathisants) qui veulent faire entendre leur voix pour que la recherche médicale et scientifique soit vraiment au service des malades et de leur guérison, respecte une éthique de la vie, et refuse toute forme d’eugénisme. Ouvert à tous, le CSET est coordonné par l’Alliance pour les Droits de la Vie.
Source : Libertepolitique.com
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08 décembre 2006
Téléthon : le mensonge et le sacré, par Jean-Marie Le Méné
À peine le président de la République avait-il terminé son discours de soutien inconditionnel au Téléthon, rappelant que le débat n’avait pas lieu d’être, qu’un rapport parlementaire demandait d’élargir la recherche sur l’embryon et d’autoriser le clonage. Ce rapport, contrairement aux propos présidentiels, démontrait deux choses : d’une part que le débat sur ces questions n’avait jamais été clos et d’autre part que l’AFM avait pesé d’un poids très important dans les recommandations présentées. Qu’on en juge plutôt. Douze personnes ont été reçues en auditions privées, sept d’entre elles relevant de l’État, quatre sur les cinq restant relevant du Téléthon ou de l’AFM : la présidente de l’AFM, la directrice de Généthon, deux responsables d’I-Stem (premier centre français de recherches sur l’embryon financé par le Téléthon) et le directeur de Cellectis. Quant aux auditions publiques du 22 novembre 2005, nous en avions rendu compte à l’époque : tous les scientifiques invités étaient favorables au clonage (c’était avant la chute du Pr. Hwang…), en particulier la présidente du comité scientifique de l’AFM et le Pr. Peschanski, coordonnateur d’I-Stem.
Le temps des mensonges
Ce pavé dans la mare, au lendemain des bonnes paroles des uns ou des autres, confirme tranquillement que la loi de bioéthique de 2004 n’est en rien une sécurité, que la demande de transgression est appuyée par ceux-là mêmes qui demandent qu’on leur fasse confiance et que le débat n’est ouvert qu’à ceux qui soutiennent aveuglement l’évolution de la loi mais pas à ceux qui posent des questions. Ces constats sont purement factuels et d’ailleurs non critiqués par l’AFM. À partir du moment où ce que l’on dit est vrai mais paraît déplaisant ou déplacé, il y a intérêt à discréditer ceux qui parlent faute de pouvoir contredire leurs paroles. Comme d’habitude, nous avons donc assisté à des exercices de diabolisation où les personnes visées appartiennent, par exemple, à des légions ultra catholiques, quand ils ne sont pas des membres très influents d’institutions très conservatrices, etc. Il ne leur manque plus que d’avoir participé aux attentats du 11 septembre. Hélas ! On connaît trop cette typologie sémantique qui n’est pas avare de superlatifs, de surenchères et d’hyperboles…
Deux arguments qui ont souvent été repris justifient une mise au point. D’abord la minimisation des chiffres. La recherche contestée ne représenterait que 2 % de l’argent du Téléthon. La belle affaire ! La peine de mort ne coûtait pas bien cher non plus en 1981. Et pourtant, on en a discuté et on l’a abolie. Pour une question de principe. Par ailleurs, c’est faire peu de cas de la vie des embryons qui sont détruits. Effectivement la vie d’un embryon n’étant pas valorisée, elle ne « coûte » rien, elle n’a plus aucun prix. Voir certaines bonnes âmes invoquer cet argument économique a quelque chose de profondément indigne. Et puis, si le problème ne portait vraiment que sur 2 %, imagine-t-on un instant que le président de la République serait ainsi monté au créneau et que la polémique aurait pris cette ampleur ?
L’autre argument est un reproche : pourquoi ne pas avoir ouvert de dialogue avec l’AFM ? N’en déplaise à ceux qui le formulent, je n’ai pas attendu le journal La Croix ni Mgr Dubost pour ouvrir un dialogue avec les dirigeants de l’AFM sur des questions éthiques. J’ai rencontré Bernard Barataud il y a plus de dix ans et débattu courtoisement mais en vain avec Éric Molinié. Aujourd’hui, je constate et regrette la radicalité des positions de l’AFM qui, en refusant le fléchage des dons, oblige le donateur de bonne foi et le volontaire généreux à adhérer à toutes les valeurs de l’association et donc à cautionner certains financements et positionnements qu’ils peuvent légitimement récuser en conscience. Quel choix leur reste-t-il alors ?
Le détournement du sacré
Le moment le plus fort de la semaine est tout de même venu du député PS, Manuel Valls, s’indignant avec virulence, devant l’Assemblée nationale, « qu’on porte atteinte à la laïcité ».
À cet égard, on assiste à un double paradoxe intéressant.
D’un côté le bloc État/Téléthon, qui édicte des dogmes : le progrès passe nécessairement par la transgression. Il exige une allégeance inconditionnelle : on soutient religieusement le Téléthon, on discutera éventuellement après s’il reste du temps. Il encense une sorte de liturgie compassionnelle : vous n’avez pas souffert (qu’en savent-ils d’ailleurs ?) donc vous ne pouvez pas comprendre. Il alimente des fantasmes : demain le clonage et les cellules souches embryonnaires nous guériront de tout. Il interdit l’esprit critique : pas un mot des thérapies cellulaires alternatives à partir des cellules souches adultes ou issues du sang de cordon ombilical qui ne posent aucun problème éthique.
De l’autre, l’Église émet des doutes : il n’est pas certain que l’instrumentalisation de l’embryon soit une panacée pour guérir la myopathie. Elle pose des questions : où est le progrès de la recherche et de la médecine quand on ne fait naître que des enfants en bonne santé après élimination des embryons ou des fœtus malades ? Elle évoque des évidences biologiques : l’embryon est un membre à part entière de l’espèce humaine qui mérite notre respect même s’il est malade. Elle ramène à la raison : que devient une technique qui ne reste pas exclusivement au service de l’homme ? Est-ce parce que c’est légal que c’est moral ?
En somme, on voit la société civile sombrer dans l’irrationnel en sacralisant la techno-science, en divinisant le progrès, bref en parlant le langage du mythe. Et on voit l’Église, au contraire, en appeler à la raison, à l’intelligence, à l’observation scientifique, à l’objectivité et à la compassion pour dire que la recherche et médecine doivent être humaines. Et que cette humanité est d’ailleurs la condition de son efficacité, de ses progrès et de son succès. La société civile est dans la certitude et l’intransigeance (« il faudrait presque envisager une opération commando pour obtenir les moyens de travailler correctement sur les cellules souches embryonnaires » disait déjà le Pr. Peschanski en décembre 2005). L’Église est dans le doute et la nuance : n’y a-t-il pas des moyens plus respectueux, plus rapides et plus rationnels pour soulager la souffrance que de prétendre supprimer des êtres pour en sauver d’autres ?
Si l’Église ne tenait pas ce langage de réalité, mais qui le tiendrait ? On l’a vu, elle est la seule institution, en France, aujourd’hui capable de dérouler une anthropologie différente, cohérente et solidaire face à l’eugénisme libertaire selon Michel Onfray demandant pour les parents le « tri cellulaire pour favoriser la configuration existentielle la plus hédoniste pour leurs enfants ».
Alors qui manipule qui dans cette affaire ? Dire de ceux qui ne sont pas d’accord qu’ils attentent à la laïcité ne repose sur rien. C’est juste une invective.
En l’occurrence, dans ce débat, seule l’Église est vraiment laïque car elle seule refuse l’archaïsme de la sacralisation du profane — qui est la vraie menace — et elle seule réserve le sacré à ce qui doit l’être : l’homme de ses premiers instants à son dernier souffle.
*Jean-Marie Le Méné est le président de la Fondation Jérôme-Lejeune.
(c) Source : Libertepolitique.com
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06 décembre 2006
Téléthon 2006, des évêques s’engagent : "Pas de chèque en blanc"
Source : Libertepolitique.com
Cardinal Jean Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France: "J’arrive d’un voyage de dix jours au Vietnam et je suis un peu étonné de la polémique qui s’est développée en France autour du Téléthon.
"Je tiens tout d’abord à dire que l’Église catholique n’appelle pas au boycott du Téléthon. Il faut reconnaître à cette initiative et à l’association qui la porte le mérite d’avoir fait connaître à l’opinion publique le drame de la myopathie et d’avoir mobilisé la solidarité de tous.
"Dans la lutte contre cette maladie, je pense d’abord aux malades, à leurs familles, aux médecins et aux chercheurs.
"Plusieurs évêques ont attiré l’attention, à juste titre, sur un point qui nous fait problème : l’utilisation de cellules embryonnaires pour la recherche. C’est une question grave sur laquelle je me suis déjà plusieurs fois prononcé, en particulier au moment du vote des lois sur la bioéthique en 2004, et encore récemment en juin dernier.
"Je suis inquiet de voir que tous les garde-fous que l’on met dans ce domaine pour encadrer la recherche sont sujets à remise en question les uns après les autres. La question est redoutable : où allons- nous ? C’est l’avenir de l’homme qui est en jeu.
"Mais je crois que ce serait un mauvais procès de faire porter tout le poids de cette interrogation au Téléthon qui ne consacre, malgré tout, que moins de 2 % des dons reçus à cette recherche. Il serait bon que le débat sur ces questions soit repris plus largement, au moment de la révision des lois sur la bioéthique. Ceci dit, il est légitime qu’à l’occasion du Téléthon, beaucoup de catholiques s’interrogent sur l’affectation de leurs dons. Je suis moi- même prêt à rencontrer les responsables de l’Association du Téléthon dans les semaines qui viennent, s’ils le désirent. »
Mgr Jean-Louis Brugès, évêque d'Angers : "Le Telethon fête cette année son 20ème anniversaire. Les manifestations des 8 et 9 décembre suscitent un grand et bel élan de solidarité dans notre pays. Elles posent aussi des questions.
"L’Association Française contre les Myopathies a été créée dans notre département en 1958. Sa fondatrice vient de rappeler ses origines dans la presse locale.
"Des milliers de personnes donnent chaque année de leur imagination, du temps et de l’argent en participant au Téléthon. C’est aussi le cas de paroisses et d’écoles catholiques. Le but recherché est de lutter plus efficacement contre cette terrible maladie. Il s’agit encore d’aider les familles affectées et les soignants. Ce but est généreux : il faut l’encourager de notre mieux.
"Une partie des fonds recueillis sert à financer la recherche médicale. Il est normal que les donateurs se préoccupent de savoir à quoi sert leur argent. C’est une question de déontologie.
"Plusieurs de ces recherches impliquent l’utilisation de cellules souches embryonnaires. Ne nous payons pas de mots : ce sont des embryons humains qui sont ainsi utilisés et détruits.
"Nous ne pouvons l’accepter. Une fin, si utile soit-elle, ne justifie pas les moyens employés. La dignité humaine ne se divise pas : elle n’est pas moindre dans l’embryon, ou dans celui qui est parvenu au terme de sa vie. L’être humain ne peut jamais être instrumentalisé.
"Les chrétiens sont invités à être solidaires des malades et de leurs familles dans le cadre du Téléthon. La générosité doit être lucide. Les chrétiens ont aussi le devoir de se mobiliser pour le respect de la dignité humaine.
"Ces questions sont trop importantes : il convient de les approfondir ensemble. Une réflexion éthique doit être poursuivie dans notre diocèse.
Cardinal Philippe Barbarin: "Ce n'est pas parce que c'est légal que c'est moral. Pour nous l'embryon humain n'est pas une chose. Un embryon, on ne peut pas le produire, on ne peut pas le détruire, on ne peut pas l'utiliser on ne peut pas le trier, non non et non !"
"Même si la loi le permet, il faut arrêter de faire ça, il y a énormément de donateurs qui le pensent donc cela met les donateurs dans une situation difficile intérieure".
Mgr Michel Di Falco Leandri, évêque de Gap : "[...] Dans le cas du Téléthon, les organisateurs et chercheurs ne cachent pas que la collecte sert et va servir à financer notamment les recherches sur les cellules souches embryonnaires. Des responsables de l'AFM, association organisatrice du Téléthon, affirmaient récemment : « Depuis 2006, la loi autorise certaines recherches encadrées sur des embryons surnuméraires, l'AFM, l’INSERM et l’université d’Evry soutiennent ces recherches » (article Libération du 9/11/2006).
De même, vis à vis des recherches sur cellules souches embryonnaires, des chercheurs bénéficiants des dons de l'AFM affirment : « La question ne se pose pas. Nous, les chercheurs, nous sommes pragmatiques. Or autant l'on sait que la piste des cellules souches embryonnaires est valide, car on dispose d'une pile de travaux scientifiques sur la question, autant il n'y a presque rien sur les cellules adultes » (Article La Croix du 21/11/2006).
Concrètement, que faire ? La question qui se pose au vu de ces éléments est la suivante : est-il possible, en tant que catholiques d'apporter son soutien à une oeuvre telle que le Téléthon en 2006 ? "Les chrétiens, de même que tous les hommes de bonne volonté, sont appelés, en vertu d'un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu'admises par la législation civile, sont en opposition avec la Loi de Dieu." (Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 74).
Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon : « Comme chaque année, à l’approche du Téléthon, nous sommes appelés à répondre à de nombreuses questions liées à cet événement humanitaire. 2006 marque la vingtième édition du Téléthon. Pour la première fois, le Téléthon bénéficiera de 30 heures de télévision en direct. Pourtant, de nombreuses personnes s’interrogent sur cette vaste opération médiatique qui permet de financer à la fois les recherches et les traitements des maladies liées à la myopathie.
« Depuis toujours, l’Eglise s’est trouvée aux premières lignes du combat humanitaire. Dans ce combat pour la dignité de la personne, elle ne sépare jamais la promotion de la solidarité sociale (qui refuse la misère et l’exclusion sous toutes ses formes) d’avec la défense de la vie, depuis la conception de l’être humain, jusqu’au dernier souffle.
« Cependant, il nous faut relire la mise en garde délivrée par le Pape Benoît XVI le 16 septembre 2006, à l’issue d’un congrès sur l’avenir des thérapies issues des cellules souches : "Tout au long de son histoire, l’Eglise a soutenu les recherches consacrées au traitement de maladies et au bien de l’humanité. Mais elle s’est opposée, et s’oppose encore, à celles qui conduisent à la suppression d’êtres humains, y compris ceux qui sont à naître. L’Histoire elle-même a condamné dans le passé, et condamnera dans le futur, une telle science, non seulement parce qu’elle est privée de la lumière de Dieu, mais aussi parce qu’elle est privée d’humanité."
« A différents moments l’Eglise a rappelé la constance de son enseignement sur la nécessaire conformité de la loi civile avec la loi morale. Le 29 juin 2006, Mgr Ricard, président de la Conférence des Evêques de France, précisait notamment que "se poursuit la mise en place d’un processus de réduction de l’embryon humain à l’état de moyen, ce qui constitue une grave transgression éthique. Nous devons redire que l’embryon humain ne peut être considéré comme un simple matériau de laboratoire". Le cardinal Ricard rappelait à cette occasion à l’Union européenne "le devoir moral de s’abstenir de promouvoir par le biais d’un financement communautaire ce type de recherche".
« L’Eglise invite donc les chrétiens à se mobiliser avec générosité pour favoriser le progrès de la science mais également, avant d’effectuer leur choix et soutenir tel ou tel organisme, à s’informer sur les recherches et les traitements qui prennent en compte ces repères éthiques. "Ce n’est pas parce que le Téléthon est une entreprise généreuse, parce qu’il a permis de grands progrès, d’abord dans la prise de conscience de l’existence des enfants myopathes et ensuite dans la recherche pour des traitements contre la myopathie, que ça lui donne un chèque en blanc" disait récemment Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Pour être en cohérence avec l’enseignement moral de l’Eglise, nous ne pouvons promouvoir des campagnes de dons que si elles offrent toutes les garanties éthiques nécessaires sur les expérimentations qu’elles soutiennent, en particulier vis-à-vis de l’embryon qui ne peut être considéré comme un simple matériau, puisqu’il est un enfant à naître.
« Dans cette perspective, je souhaite que se développent de nouvelles orientations de recherche, qui respectent l’éthique de la vie, que défend l’Eglise dans son enseignement.»
Mgr de Germiny, évêque de Blois : « L’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Rey a initié une réflexion salutaire sur le Téléthon. Je soutiens entièrement sa prise de position. L’affaire est d’importance car est en jeu la lutte contre une affection redoutable, la myopathie. Mais l’Eglise, au nom du respect de la vie s’oppose à l’utilisation de cellules souches embryonnaires. "Aucune finalité, si noble soit-elle, comme la prévision d’une utilité pour la science, pour d’autres êtres humains ou pour la société, ne peut en quelque manière justifier l’expérimentation sur des embryons ou des fœtus humains vivants, viables ou non, dans le sein maternel ou en dehors de lui" (Académie pontificale pour la vie).
« En conscience, je dois dire non au Téléthon, tel qu’il se pratique aujourd’hui sans transparence financière dans l’affectation des fonds aux différents programmes de recherche. Mais je reconnais comme très positif l’élan fraternel et collectif dont sont capables les Français. Au nom de la raison et de la foi je dois être solidaire de ceux qui éprouvent une détresse physique, morale et favoriser la recherche scientifique capable de vaincre une maladie tout en respectant l’homme depuis sa conception jusqu’à sa mort. Puissent des recherches essentielles se développer. »
Père Michel Aupetit, vicaire général du diocèse de Paris : « Ces jours-ci, le Téléthon est l'objet d'un débat public. Par le passé, la critique a pu venir d’un scientifique comme Jacques Testard, exprimant ses doutes sur “la mise en scène triomphaliste de victoires toujours promises” [1]. Depuis ces dernières années et aujourd’hui, elle émane de plusieurs associations et de catholiques.
« Les chrétiens se sont associés dès le départ à cette œuvre généreuse. Des congrégations qui prennent en charge les handicapés ont aidé à la réalisation initiale, en particulier les frères de Saint Jean de Dieu. Depuis, la plupart se sont retirées de l’opération car les fonds recueillis étaient de plus en plus destinés à des travaux scientifiques éthiquement discutables.
Quels sont les problèmes ?
1/ Le Téléthon finance l'institut I-STEM qui est le premier centre français de recherche sur l'embryon humain. Or l'utilisation des cellules embryonnaires à des fins de recherche nécessite la destruction de l'embryon humain. Par ailleurs, il existe une alternative thérapeutique qui a déjà fait ses preuves : l'utilisation des cellules souches adultes prélevées sur le patient lui-même et des cellules du cordon ombilical prélevées à la naissance du bébé. Ces cellules, dont l'emploi ne pose aucun problème éthique, ont été déterminantes pour guérir des maladies du sang et 58 maladies répertoriées ont été traitées par leur biais.
2/ Les “bébéthons” qui sont présentés comme un grand succès thérapeutique ne sont pas le fruit d'une guérison due à la recherche sur le génome, comme on aurait pu l'espérer, mais le fruit d'une sélection embryonnaire. On pratique une fécondation in vitro de plusieurs embryons et on sélectionne l'embryon sain en éliminant les autres. Ce n'est donc pas un bébé “guéri” mais un bébé “survivant”.
3/ Le Professeur Marc Peschanski, directeur de l'institut I-STEM financé par le Téléthon, milite activement pour le clonage rebaptisé pudiquement « transposition nucléaire ». Devant le scandale provoqué par les falsifications du Professeur coréen Hwang, le but avoué du clonage n'est plus l'éventualité de guérison de maladies graves mais l'utilisation du clone pour la recherche fondamentale ou même pour l'industrie cosmétique. On est bien loin des objectifs initiaux et on comprend les sérieuses réserves de ceux qui posent la question : “La médecine est-elle au service de l'homme ou l'homme est-il au service de la médecine ?”
« Il convient de saluer l’admirable générosité qui se déploie dans la préparation et le déroulement de cette grande opération annuelle ! Mais, au-delà de la nécessaire transparence sur la destination des fonds, il est légitime de faire part ouvertement de questions de conscience face à une opération aussi médiatisée. Oui, il faut aider la recherche. Mais lorsqu’elle porte sur l’être humain, elle doit plus encore que jamais accepter une réflexion éthique approfondie. Il s’agit de garantir la finalité humaine de la science. »
[1] J.Testard, Des hommes probables, Seuil, 1999, 31.
Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon : « Chaque année, le Téléthon fait appel — comme d’autres évènements — à la générosité des Français. Chaque année, les Français sont heureux d’être réunis dans un élan national de solidarité qui, grâce à la télévision, est aussi gigantesque que festif. Comme évêque, je salue le dévouement des organisateurs, l’enthousiasme de ceux qui participent aux nombreuses activités proposées et l’aide financière apportée par tous ceux qui donnent dans l’intention d’aider la recherche sur les maladies rares.
« Néanmoins, pour que cet effort garde tout son sens, il faut souhaiter que les fonds collectés servent intégralement à des recherches scientifiques qui respectent la vie à tous les stades de son existence et n’atteignent en rien à la dignité de l’homme. Je souhaite que tous les donateurs restent vigilants sur l’utilisation des fonds collectés par le Téléthon et qu’ils puissent assurer un véritable droit de regard pour la pleine réussite d’une opération qui, en soi, mérite d’être soutenue.
« Comme tout élan de solidarité, le Téléthon est et sera beau dans la mesure où il respecte et respectera l’homme et tout homme, même dans ses stades les plus fragiles.»
Mgr Vingt-Trois, archevêque de Paris : « Le Téléthon est une entreprise généreuse. Il a permis de grands progrès, d’abord dans la prise de conscience de l’existence des enfants myopathes et dans leur prise en charge, et ensuite dans la recherche contre la myopathie. Mais cela ne lui donne pour autant pas un chèque en blanc, en particulier quand sont privilégiées des pistes de recherche passant par la destruction d’embryons humains.
« Que des gens qui financent la recherche de leur propre poche posent des questions sur les conditions éthiques dans lesquelles elle se déroule, je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire. On peut même considérer que c’est un service que l’on rend. Si le Téléthon est une opération spectaculaire, il y a cependant d’autres moyens d’aider la recherche. D’autre part, des groupes se mobilisant pour le Téléthon pourraient dire : "Nous voulons bien contribuer à la collecte, mais pas pour faire n’importe quoi" ».
source :
Catholique-paris.cef.fr
Mgr Jean Laffitte, vice-président de l'Académie pontificale pour la vie (photo) : « Je n'ai pas à me mêler des décisions que prend un évêque dans son diocèse [dit-il en parlant du pasteur de l'évêché de Toulon-Fréjus]. Néanmoins, je dois convenir qu'un chrétien, évêque ou simple croyant à le devoir de se conformer aux prescriptions du Magistère de l'église.
La doctrine de l'Église, c'est qu'on peut faire des expérimentations sur les cellules souches adultes, c'est-à-dire celles qu'on a prélevées sur la peau, par exemple, ou sur une autre partie du corps.
« Mais l'église s'oppose à l'utilisation des cellules souches embryonnaires. Aucune finalité, même noble en soi, comme la prévision d'une utilité pour la science, pour d'autres êtres humains ou pour la société, ne peut en quelque manière justifier l'expérimentation sur des embryons ou des fœtus humains vivants, viables ou non, dans le sein maternel ou dehors de lui.
« L'évêque de Toulon-Fréjus agit donc en conformité avec la doctrine officielle de l'église. On ne peut pas en effet encourager quelqu'un qui agit à l'encontre de ces directives. »
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