07 septembre 2007
Un livre de P.-O. Arduin : “La Bioéthique et l'Embryon”, par Mgr Dominique Rey
La polémique sur la participation des catholiques au Téléthon a ouvert une brèche qui n’est pas près d’être refermée. Contre toute attente, le débat engagé a posé à frais nouveaux la question du statut de l’embryon humain, de l’eugénisme, des dérives de la biomédecine, du rapport entre la loi morale et la loi civile…, thèmes que l’on pensait à jamais interdits de cité. Notre collaborateur Pierre-Olivier Arduin, auteur de la note de mise en garde qui déclencha la controverse, décrypte dans son livre les enjeux bioéthiques de la question en les resituant dans une perspective plus large : celle d’un choc culturel et moral entre, d’une part, le relativisme éthique et l’utilitarisme idéologique postmoderne et, d’autre part, le magistère de l’Église qui se fait le porte-voix de la conscience morale universelle. De ce livre, écrit comme un vibrant appel à la réflexion et à l’action de tous ceux qui sont attachés au principe intangible du respect de la vie humaine dès sa conception, il ressort que l’objection de conscience est porteuse d’une dynamique capable d’ébranler les forces contemporaines de la culture de mort. En avant-première, nous sommes heureux de publier la préface de Mgr Dominique Rey.QU’EST CE QUI CONSTITUE L’ESSENCE DE TOUTE VIOLENCE, et donc de tout totalitarisme ? La philosophe juive Hannah Arendt répond par une locution surprenante : « Le refus de la naissance. » « L’homme fut créé pour lui rappeler qu’il y eut un commencement » disait St Augustin. Chaque naissance célèbre et garantit l’avènement d’un nouveau monde. Elle signe le refus de tout fatalisme et de la répétition. Chaque nouveau « conçu » est de l’ordre de « l’inconcevable ». Chaque génération nous rappelle que la vie est un cadeau. Chaque existence nouvelle nous ramène à la douceur de vivre. Il n’est pas étonnant que dans les systèmes despotiques les plus cruels, la violence politique s’exerce par le contrôle des naissances, c’est-à-dire la programmation de la fécondité jusqu’à la production de la vie, que voudrait promouvoir aujourd’hui une science sans conscience. Toute violence endeuille le mystère de Noël. À l’inouï de toute nativité, elle substitue le « clone », le « robot », ou le meurtre de l’enfant à naître.
Toute violence se rapporte à la négation de « l’autre », de sa différence et de son handicap jusqu’à lui interdire le droit d’exister. Aujourd’hui, comme dans l’histoire humaine, la violence cherche sa légitimité dans la loi ou dans la science, comme si ce qui était légal était toujours moral, comme si la conscience était soumise aux prétentions de la science.
Les savantes manipulations de l’émotionnel brouillent un peu plus les repères éthiques. On joue la pitié au dépens de la vérité jusqu’à exercer un terrorisme compassionnel et culpabilisateur par la mise en scène de situations limites et caricaturales, et d’imposer à l’opinion publique un prêt à penser moral. Le lobbying auprès des médias et des politiques fait le reste. Elle valide une stratégie eugéniste qui justifie la sélection des êtres humains jusqu’à les empêcher de naître. La société se donne le droit de décréter qui mérite de vivre, et qui doit mourir. Cette idéologie prométhéenne porte encore l’ambition avérée de procréer, quitte à priver l’enfant né dans un laboratoire du droit d’accès à son origine familiale, et de perdre son identité générationnelle.
De façon prophétique et pour conjurer ces transgressions qui portent atteinte à la dignité de la personne humaine, l’Église parle du respect dû à chaque personne, du stade embryonnaire de la vie jusqu’à la mort naturelle. Image et ressemblance de Dieu, chaque être humain est sacré. Don de Dieu, il est appelé à devenir sujet de sa propre histoire. L’enseignement de l’Église nous libère de la culture mortifère que l’on voudrait nous inculquer. La haute estime et l’exigence éthique que l’Église, experte en humanité, exprime vis-à-vis de la vie, la conduisent à défendre l’homme contre lui-même, et à « aimer son prochain comme soi-même. »
Dans la magistrale encyclique de Jean-Paul II sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine, L’Évangile de la vie, le Saint-Père voulait réveiller les consciences face à toutes les formes d’agressivité contre la vie humaine, surtout quand elle est faible et sans défense :
« La conscience morale semble s’obscurcir terriblement, et avoir de plus en plus de difficulté à établir la distinction claire et nette entre le bien et le mal, pour ce qui touche à la valeur fondamentale de la vie humaine. En réalité, si le phénomène tellement étendu de l’élimination de nombreuses vies humaines naissantes ou sur la voie du déclin est on ne peut plus grave et inquiétant, non moins grave et inquiétante est la perte de la sensibilité morale dans les consciences. »L’ouvrage de Pierre-Olivier Arduin participe de la prise de conscience à l’intérieur de la communauté ecclésiale, comme vis-à-vis de notre société, des enjeux et des défis auxquels nous ramène la fidélité à l’Evangile.
* + Dominique Rey,
évêque de Fréjus-Toulon.
La Bioéthique et l’Embryon
Quels enjeux après la controverse du Téléthon ?
Préface de Mgr Dominique Rey, avant-propos de Jean-Marie Le Méné
■ Sortie 8 septembre, Éditions de l’Emmanuel, 203 pages, 13,30 €
■ Pour commander le livre à la librairie de l'Emmanuel : Librairie-emmanuel.fr
■ Pierre-Olivier Arduin est marié et père de cinq enfants. Titulaire d’un master de recherche Éthique, science, santé et société, il anime la commission « Bioéthique et vie humaine » du diocèsede Fréjus-Toulon et collabore à la lettre hebdomadaire Décryptage éditée par la Fondation de Service politique. Il est également directeur des études de la nouvelle formation en bioéthique de troisième cycle Jérôme-Lejeune.
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07 février 2007
Bioéthique et Église : de l’affrontement au débat, par Tugdual Derville
L’Église sera vaincue par le libéralisme" ! Le verdict sans appel de Jean-Marie Donegani, directeur des études à Sciences-po, s’étale en pleine page dans le Monde du 21 janvier 2007. Le laïcisme qui tente depuis deux siècles d’étouffer une voix catholique jugée dogmatique, obscurantiste et liberticide serait en passe de lui porter un coup fatal. De nombreux chrétiens déclarés ne se montrent-ils pas insensibles aux préconisations ecclésiales en matière de respect de la vie et de sexualité ?
Le christianisme, exclu successivement de la vie publique et de la vie privée – et ses églises désertées – ne survivrait qu’à l’état de "sectes" éparses. Un phénomène planétaire dont on imagine que la France constituerait l’avant-garde : au contraire d’autres nations, la plupart des Français affirment que les religions n’ont pas à influencer le domaine politique. Ils ne comprennent pas les mobiles humanitaires des interventions de l’Église sur la vie (ce seront les mêmes qui lui reprocheront, a posteriori, de ne pas s’être suffisamment impliquée contre certains totalitarismes).
Quand on sait que pratiquement la moitié des 51% de Français qui se déclarent encore catholiques doutent de l’existence de Dieu ou n’y croient pas du tout, il ne faut pas s’étonner que se propage dans les médias une conception "surréaliste" de l’institution ecclésiale, à des années lumières des notions d’Église "peuple de Dieu" voire "corps mystique du Christ". Pour la disséquer, les analystes préfèrent s’en tenir aux critères politiques retenus pour d’autres organismes. Le fonctionnement interne de l’Église est essentiellement décrypté en confrontations identitaires, jeux de pouvoirs et rapports de force. Le même regard est porté sur ses relations avec "le monde". De la vie intime à l’espace public, on la suspecte de s’ingérer dans "ce qui ne la regarde pas", et d’entraver "le progrès de l’humanité".
Si l’Église se taisait…
Qu’adviendrait-il en effet si l’Église se taisait – ou s’était tue – en France sur le respect de la vie, la sexualité ou la famille ? Sans elle, le Téléthon 2006 se serait déroulé sans débat, l’adoption homosexuelle serait déjà passée comme une lettre à la poste, et l’euthanasie serait peut-être légale. À croire que dans la société "adulescente", la voix ecclésiale qui fait l’objet d’une contestation publique systématique est davantage respectée qu’on ne le dit par le for intérieur.
C’est justement cette influence incontrôlable que reprochent à l’Église ses adversaires. Comment faire jeu égal avec une instance au mode d’intervention incompréhensible, qui n’a ni troupes mobilisables, ni stratégie de communication lisible, et dont les membres éparpillent leur vote ? L’Église, combien de divisions ? Autant que de chapelles. Mais les fractures internes accumulées ne l’empêchent pas de s’auto-régénérer depuis des siècles alors que les idéologies qui entendaient lui tordre de cou ont implosé.
C’est aujourd’hui au tour des adeptes d’une science qui se veut sacro-sainte, sans conscience ni limite, de constater que seuls l’Église catholique et certains mouvements du protestantisme évangélique sont suffisamment structurés pour leur tenir tête.
En bioéthique, le scientisme se retrouve logiquement en guerre "de religions" contre le christianisme. Les papes de la procréation ne prennent-ils pas ouvertement la posture messianique et prométhéenne ? "Père" du premier bébé éprouvette français, le professeur Frydman l’avoue dans sa "lettre à une femme" :
"Je ressens la même excitation qu’hier, le besoin toujours de tenir tête au destin. Observer un embryon d’un dixième de millimètre, prélever une cellule, y repérer une drôle de couleur, l’annonce d’un enfant figé, déformé et souffrant, ce n’est rien d’autre que lire l’avenir, et regarder en face le handicap de celui qui n’est même pas encore né. […] Pouvoir effacer cette image, c’est comme dire lève-toi et marche, c’est aller, c’est vrai, au-delà du champ de la médecine, c’est changer pour lui, ses amours, son métier, ses voyages. C’est croire en l’homme et en sa force. Mais je me laisse aller à vous parler de moi, de mon orgueil, de ce qui me préoccupe et ne vous concerne pas."L’auteur de cette confession qui a été élu homme de l’année par le magazine Elle reconnaît ailleurs qu’il "manipule le désir". Le scientisme, parce qu’il répondait à des attentes éperdues a su s’allier successivement les féministes idéologiques du droit à l’enfant "si je veux, quand je veux", le lobby homosexuel en quête de parentalité artificielle et une partie des associations de personnes malades ou handicapées, séduites par le mirage du clonage "thérapeutique". Ces groupes qui revendiquent que la science règle leurs problèmes alimentent sa fuite en avant et lui fournissent les cobayes humains dont elle a besoin.
En France, l’enjeu du bras de fer entre l’Église et l’idéologie prométhéenne concerne tout de même, chaque année, le destin de centaines de milliers d’êtres humains, et ce chiffre continue d’augmenter (220 000 IVG par an, 130 000 embryons congelés "en stock"…).
C’est pour défendre les plus faibles que les institutions chrétiennes affirment ne pouvoir se désintéresser du politique, tout en se refusant à s’ingérer dans la lutte pour le pouvoir. Comment pourraient-elles fermer les yeux quand elles constatent que la quête désespérée du bonheur conduit tant de personnes à aggraver les épreuves de l’humanité dans l’espoir d’y échapper ? La découverte des dégâts psychologiques et familiaux induits par l’avortement en est l’exemple le plus saisissant. L’emballement du mystère du mal ne pouvait que provoquer l’incarnation de l’Église sur le terrain social et dans le débat politique. Au nom de la justice et de la miséricorde.
Le sectarisme antichrétien choque les intellectuels honnêtes
Paradoxe : du côté de ceux qui, sans épouser la foi chrétienne, reconnaissent la nécessité d’un débat sérieux sur les sujets anthropologiques qu’ils savent cruciaux pour l’humanité, la légitimité de l’Église à intervenir est de plus en plus reconnue, et ses responsables sont écoutés, même si le fossé culturel et surtout spirituel qui sépare désormais le christianisme de la plupart de ses commentateurs ne cesse de s’élargir.
La réaction de l’Association française de lutte contre les myopathies (AFM) à certaines remises en cause de l’usage des fonds du Téléthon a ainsi paru si sectaire aux journalistes spécialisés dans la bioéthique, qu’elle n’a fait que confirmer à leurs yeux la cohérence des prises de parole ecclésiales. La virulence avec laquelle le président du Comité consultatif national d’éthique, tenant d’une morale officielle consensuelle, a contesté cette même parole, à l’unisson de maints leaders politiques, en a par ailleurs choqué plus d’un.
Accordant à l’Église "le droit de considérer l’embryon humain comme sacré" Didier Sicard avait estimé : "Elle n’a pas le droit d’en faire une manifestation publique" (Le Monde, 1/12/06). Or, plus que "sacré", l’Église reconnaît l’embryon comme "humain" et considère son instrumentalisation comme une atteinte aux droits de l’homme. Peut-on l’obliger à le taire sans porter atteinte à la liberté d’expression ?
En quelques décennies, la famille, la vie, la sexualité et la bioéthique sont devenus des thèmes politiques incontestables, et prisés des médias hexagonaux. Les États-Unis ne sont plus l’exception. Même si, en France, la question environnementale a fait plus précocement son entrée en politique, on pressent que les évolutions démographiques, de la structure familiale, du statut de l’être humain à ses débuts et de notre emprise sur la fin de l’existence pourraient davantage conditionner notre avenir que la fiscalité, la protection sociale et l’emploi. Sur chacun de ces sujets de société, l’Église catholique se retrouve logiquement en première ligne. Face au scientisme, elle défend finalement les fondements d’une véritable écologie humaine. De plus en plus sommée de faire allégeance à une morale laïque qui se situe désormais aux antipodes de la morale chrétienne en matière de vie et de sexualité, elle résiste.
Le jésuite Henri Madelin, évoquant la thèse de la sociologue Danièle Hervieux sur "l’exculturation des valeurs de l’Église" peut affirmer que la foi chrétienne est en passe de "devenir une contre-culture" (Le Figaro 10/01/07). Les grands mouvements protestataires ont effectivement tour à tour investi les champs de la culture, de la politique puis de la loi. Le Planning familial – depuis trente ans – puis le mouvement homosexuel et bientôt le lobby de l’euthanasie, officiellement habilité à représenter les usagers de l’hôpital, reflètent les "valeurs" désormais conformistes d’une société individualiste et éclatée.
Marginalisée et contestatrice, l’Église est entrée dans le champ des contre-pouvoirs. De moins en moins perçue comme dominatrice, captant déjà la fascination exercée par les minoritaires, elle pourrait transformer son apparente faiblesse en force. Une posture expérimentée par les premiers chrétiens, risquée, mais pas sans atouts, où s’exprime, se joue et s’éprouve la véritable liberté.
*Tugdual Derville est délégué général de l’Alliance pour les droits de la vie.
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02 février 2007
Éthiquement correct : les mots pour le dire, par Pierre-Olivier Arduin
Alors que la controverse sur le Téléthon battait son plein, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, préconisait ni plus ni moins que l’autorisation du clonage embryonnaire [1]. Sous la signature de son rapporteur, le député PS Alain Claeys, on apprenait que cette transgression majeure n’était au fond qu’une simple transposition nucléaire, formule dont on nous dit qu’elle a le mérite de ne pas choquer la communis opinio.
Le procédé n’est pas neuf. L’été dernier, le Rapport Fagniez était remis en catimini au Premier ministre. Son rédacteur, député UMP quant à lui, y demandait aussi un changement de terminologie dans l’une de ses propositions conclusives, optant pour le terme de transfert nucléaire somatique [2]. S’interrogeant sans rire pour savoir si l’embryon cloné est assimilable à un embryon humain, Pierre-Louis Fagniez s’appuyait sur Henri Atlan pour demander qu’on ne le considère comme un être naturel mais comme un « artefact » ou une « unité embryoïde ». Lé député évoquait également les travaux des scientifiques asiatiques qui préfèrent faire référence quant à eux au terme de « blastocystes de transfert nucléaire ».
Dans 1984, George Orwell met en scène une cité terrifiante où la mainmise du pouvoir politique sur l’homme passe par le novlangue, la mainmise du langage. Y serions-nous parvenus ?
Le novlangue a pour but est de réduire le domaine de la pensée en appauvrissant les concepts et en manipulant les idées. Un des ressorts principaux des totalitarismes est en effet la destruction de la langue comme un des meilleurs moyens de destruction de l’humanité de l’homme. De nos jours, on a aussi recours à une discipline de langage, où l’éthiquement sensible se mue en éthiquement correct. Il s’agit d’un langage qui dit le Bien et le Juste en camouflant la réalité. Disciples ingénus du novlangue orwellien, nous forgeons de nouvelles expressions, qui parce qu’elles sont choisies pour être neutres, le moins-disant possibles, font échec au réel, à sa complexité, donc à la vérité.
Nous parlons ainsi d’interruption volontaire de grossesse, d’IVG au lieu d’avortement – on interrompt la vie d’un enfant comme si elle pouvait reprendre un peu plus tard – nous employons l’expression mourir dans la dignité pour désigner l’euthanasie (les Hollandais préférant celle d’interruption volontaire de la vie). La pilule du lendemain masque un avortement chimique, le préembryon ou amas cellulaire préimplantatoire qualifie le jeune être humain pour le donner plus facilement à la science, les diagnostics prénatal et préimplantatoire occultent des pratiques eugénistes massives et la transposition nucléaire n’est bien que l’autre nom du clonage. La réduction embryonnaire n’est ni plus ni moins que l’élimination d’un jumeau dans le sein de sa mère suite à une procréation artificielle et la santé reproductive est le cheval de bataille des agences internationales onusiennes pour diffuser l’avortement au cœur des pays en voie de développement jugés trop féconds. Nous pourrions allonger cette liste…
Des mots qui tuent
La culture de mort est de fait le vecteur de nouveaux mots, d’un discours obligé et conformiste, qui camouflent des pratiques et des ordres implacables, dans l’espoir que ce qui n’est pas nommé ne sera pas défendu et cessera rapidement d’exister. Dans la langue de l’éthiquement correct, le mot n’est plus un instrument pour désigner mais pour interdire à certaines idées d’accéder à la conscience. Ce nominalisme idéologique établit un nouveau lexique se substituant à la réalité pour mieux l’asservir. Le discours bioéthique est devenu un verbiage qui dessert la vérité, une arme stratégique pour justifier le désir de transgression d’une minorité.
Comment débattre honnêtement avec des protagonistes qui ont autorité pour redéfinir les mots en aménageant a priori la réalité en fonction des buts qu’ils se fixent avant toute discussion ? Ils « rêvent de bâtir une construction procédant de leur seul vouloir et de leur seule action, explique Michel Schooyans. Les locuteurs s’auto-légitiment en s’appropriant le pouvoir de définir le langage et en utilisant les mots pour modeler l’homme à leur convenance, pour construire le monde et la société qui leur convient » [3].
En outre, ce nouveau code moral qui prend sa source dans des sociétés qui se proclament libres et tolérantes, sécrétera des lois qui condamneront les propos inconvenants : délit d’entrave à l’IVG, discrimination homophobe,… L’homme moderne à qui l’on dit qu’il est émancipé n’est pas celui qui agit selon un choix libre et réfléchi mais celui qui adopte les normes morales en cours. Caesar dominus et supra grammaticam, le pouvoir de César s’étend même sur la grammaire, dit l’adage. Parce que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », selon le mot célèbre de Camus, l’Église nous invite – c’est bien tout l’objet du Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques qu’elle a fait publier il y a quelque temps – à ne pas nous soumettre à cette discipline de parole et à proclamer avec courage la vérité. Une vigilance de tous les instants s’impose en effet pour scruter et ausculter ce langage conventionnel et convenu afin de dévoiler les intérêts obscurs auxquels il collabore.
*Pierre-Olivier Arduin, responsable de la Commission Bioéthique et Vie humaine pour le diocèse de Fréjus-Toulon.
[1]Alain Claeys, Les recherches sur le fonctionnement des cellules humaines, Rapport n. 3498, Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, 6 décembre 2006, p. 154.
[2] Pierre-Louis Fagniez, Cellules souches et choix éthiques, Rapport au Premier ministre, La Documentation française, 26 juillet 2006.
[3] Michel Schooyans, Le Terrorisme à visage humain, François-Xavier de Guibert, Paris, 2006, p. 103.
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