14 novembre 2007

Mgr Raffin : “Il m’est impossible de soutenir la campagne du Téléthon”

d472c05139ba2a6be5306a833cdfcc6b.jpg[Communiqué de l'évêché de Metz] - La campagne du Téléthon 2007, on le sait, est pilotée depuis Metz. Un fort engagement des médias à la cause qu’il défend a fait que le Téléthon est devenu, depuis sa première édition en 1987, une grande opération nationale de solidarité destinée à financer les recherches susceptibles de guérir les myopathies.

L’Association française contre les myopathies (AFM), créée en 1958, favorise et soutient, grâce aux fonds recueillis à l’occasion du Téléthon, des recherches destinées à découvrir l’origine des maladies neuromusculaires et plus largement des maladies d’origine génétique, et à développer des thérapies classiques ou plus innovantes comme la thérapie génique ou la thérapie cellulaire.

Mais, en même temps, une partie des fonds de la collecte du Téléthon — un peu moins de 2 % — est affectée à la recherche sur les embryons.

Certes, je me réjouis de ce que la solidarité nationale finance des recherches concernant la santé — encore que celles-ci pourraient être financées par les seuls fonds publics —, mais je ne puis être d’accord avec le financement de recherches, si minimes soient-elles, en contradiction manifeste avec l’éthique, même dans un cadre strictement défini par la loi : le légal en effet n’est pas forcément moral.

L’embryon humain n’est jamais un objet utilisable au gré d’intérêts divers, même si, parmi ces intérêts, il y a la guérison possible de maladies graves.

Par conséquent, tant que l’on n’offrira pas aux donateurs la possibilité de s’opposer à l’affectation éventuelle de leurs dons à la recherche sur les embryons, il m’est impossible de soutenir la campagne du Téléthon.

Le 9 novembre 2007
+ Fr. Pierre Raffin, o.p.,
évêque de Metz

10 novembre 2007

Mgr André Vingt-Trois : "La générosité ne légitime pas tout"

 Extrait du discours de clôture de l'assemblée plénière des évêques de France

5e4e690f89cd995daee83419bbe7e146.jpg[Lourdes, 8 novembre 2007] - [...] Notre mission, c’est aussi d’alerter les consciences de nos contemporains. Nous le savons, les occasions ne manquent pas. La prochaine révision des lois de bioéthique supposera des interventions qualifiées auxquelles une cellule de notre conférence travaille déjà. Mais, plus profondément que les prises de position nécessaires sur tel ou tel sujet particulier, c’est tout un état d’esprit qui est en cause, une mentalité. Tous doivent travailler à ce niveau de profondeur où affleure la question de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Nous ne pouvons rester comme des chiens muets quand nous voyons se développer une sorte d’instrumentalisation rampante de la personne humaine.

On le constate aussi bien dans les domaines économiques et sociaux que dans le domaine de la bioéthique. Jusqu’où irons-nous dans l’utilisation et l’exploitation de l’être humain pour la satisfaction de nos désirs, même légitimes, même généreux ? C’est à la lente transformation des attentes et des requêtes de nos contemporains que nous devons travailler sans relâche. Nous devons avoir le courage de leur dire que notre mode de vie actuel ne pourra pas être préservé sans grave dommage pour l’avenir : dommage écologique mais aussi dommage financier des dépenses faites sur le compte des générations futures, misère culturelle et misère affective.

C’est à ce niveau de réflexion que se situent les questions que nous avons posées à propos du Téléthon. Nous pensons d’abord aux jeunes malades et à leurs familles, à leurs espoirs de guérison et à leur courage. Nous admirons la générosité qui anime ceux qui participent au téléthon et nous n’avons pas l’intention de jeter le discrédit sur cette générosité qui porte des fruits. Des chrétiens nombreux se joignent à ce grand mouvement de solidarité comme à d’autres initiatives qui ne sont pour autant ni confessionnelles ni implantées dans des organisations ecclésiales. Mais la générosité ne légitime pas tout. Nous souhaitons donc que chacun réfléchisse et que soient entendues les graves questions que nous avons soulevées : tri embryonnaire, utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation de jeunes malades. Ces questions ne sont pas seulement les nôtres, mais nous devons les formuler. [...]

 
+ André Vingt-Trois,

archevêque de Paris,

président de la Conférence des évêques de France

 

 

 

27 octobre 2007

Téléthon 2007 : des cathos font de la résistance

Les organisateurs du Téléthon n’hésitent pas à faire le siège des curés de paroisses pour orchestrer des manifestations dans leur église. Mais certains ne se laissent pas faire. Pour preuve cette petite histoire vraie, adressée par l’un de nos correspondants.

Un maire du département de l’Oise annonce à ses administrés, dans le bulletin municipal, que le Téléthon organise un concert les 7 et 8 décembre prochain dans l'église paroissiale. Des paroissiens s’en émeuvent. Ils alertent leur curé, le conseil pastoral et leur évêque. Le Conseil de gestion de la paroisse écrit donc au maire pour faire part de la décision du Conseil pastoral :

« Par le passé, des choses semblables ont pu se faire, avec l’accord du curé de notre paroisse.
Toutefois, cette année, après délibération du Conseil Pastoral en date du 17 octobre 2007, et avec le soutien du vicaire général de l’évêque — le Conseil de gestion en accord avec le curé, ne souhaite pas que l’église soit utilisée à cette fin en ce jour de la fête de l’Immaculée Conception de Marie, car des prières sont prévues à l’église à cet effet. »
Les signataires motivent leur décision avec charité et fermeté :
« La communauté catholique est bien sûr solidaire des actions qui sont menées pour soulager toutes les détresses et elle salue le travail remarquable qui a été fait en ce sens par le Téléthon depuis des années, auquel elle s’est d’ailleurs largement associée.

Toutefois, elle regrette les options qui ont été prises depuis un an, une partie des fonds collectés étant affectée à une recherche qui passe par la sélection embryonnaire, ce qui est en contradiction flagrante avec les valeurs défendues par l’Église catholique. Il n’est pas question, pour la communauté catholique de la paroisse, de mener une campagne contre le Téléthon mais vous comprendrez que nous ne pouvons désormais user d’un double langage en soutenant ouvertement cette action. »
Invoquant la conscience de chacun, le Conseil de gestion de la paroisse termine sa lettre en formant le vœu que la municipalité trouve « un lieu qui convienne au mieux pour ce concert ».

Après plusieurs rebondissements, il semble acquis que le concert n’aura pas lieu, y compris dans la commune elle-même : le promoteur du concert, lui-même paroissien, a démissionné de ses fonctions, et renoncé à son projet. À sa place une adoration continue est proposée à l’église aux habitants dans la nuit du 7 au 8 décembre.

Cette histoire de clocher prouve qu’il est possible de se mobiliser pour faire respecter le caractère sacré de nos églises, et la conscience des chrétiens à l’égard de la vie humaine.

Car l’intérêt du Téléthon pour la population catholique n’est pas neutre : statistiquement, elle est la plus généreuse. Les catholiques n’hésitent pas à donner très largement à des œuvres profanes. Toutes les associations et ONG le savent. Le soutien de l’Église – ou à défaut sa neutralité bienveillante — est donc un enjeu majeur pour les organisateurs du Téléthon.

Aujourd'hui, il n'est pas trop tard pour résister à la pression que le Téléthon exerce, au nom du bien, et avec des moyens colossaux sur la conscience de chacun.

Pour la petite histoire, le conseil pastoral de notre commune de l’Oise n’est pas au bout de ses peines : les militants du Téléthon ont prévu de quêter… les enfants du catéchisme.