23 novembre 2007
Mgr Henri Brincard : « L’identification du légal et de l’éthique est abusive »

JE REMERCIE chaleureusement notre directeur de l’Enseignement catholique ainsi que notre responsable de la Pastorale de la Santé d’avoir si bien organisé cette rencontre avec Christian Cottet, directeur général de l’Association Française de Lutte contre les Myopathies (A.F.M) et avec le représentant local de cette Association Jean Guy Andreolotti. Une telle rencontre manifeste la volonté de dialogue de notre Église diocésaine, une volonté qui ne lui a jamais fait défaut, ce dont je me réjouis grandement. Nul ne conteste les mérites de l’A.F.M, mérites qui nous seront certainement rappelés ce soir. Cependant un vrai débat existe, débat concernant des questions auxquelles il est impossible de se dérober sous peine de tomber dans une légèreté coupable. C’est pourquoi, dans le temps qui m’est imparti, je voudrais proposer une brève réflexion sur ce que nous entendons par dignité de l’être humain et en tirer quelques conclusions au sujet des relations entre l’Église catholique et l’A.F.M.
A/ Rappel de quelques fondamentaux concernant la dignité de l’être humain
1 — Dès sa conception, l’être humain est pourvu d’une dignité inaliénable et ceci, à tous les stades de son développement. Comme l’a rappelé en son temps le Cardinal Louis-Marie Billé et ensuite plus récemment le Cardinal Jean-Pierre Ricard, l’embryon humain n’est jamais une « chose », autrement dit un « objet » utilisable au gré d’intérêts divers, même si, parmi ces intérêts, il y en a de plus nobles parce qu’ils se veulent au service de causes dignes de grande considération.
2 — Le respect de la dignité des embryons humains est fondé sur celui du « Droit à la vie », un droit si fondamental qu’il est nécessaire de le promouvoir en toute circonstance, surtout quand il s’agit d’êtres humains, soit innocents et sans défense soit connaissant - notamment au terme de leur existence, des souffrances si intenses qu’elles rendent impossible un exercice réel de la liberté.
3 — La raison humaine pleinement exercée et une foi chrétienne lucide s’accordent à dire, chacune selon sa perspective, que l’être humain est pourvu de droits que nul ne peut contester sans ébranler les assises d’une société, assises fondées sur les exigences objectives de la justice et aussi sur les exigences de ce que nous appelons aujourd’hui « une vraie convivialité ». Il en résulte qu’aucune personne ni aucune institution ne peuvent s’arroger le pouvoir de dire à un être humain : « Tu es un être humain dans la mesure où je l’ai décidé selon des critères qui me conviennent ».
Notons également que, par des chemins différents, l’approche scientifique, l’approche éthique et enfin l’approche chrétienne de l’homme, convergent, dans les conclusions que voici :
a/ La science affirme qu’il n’y a aucune solution de continuité dans le développement de l’embryon humain lequel, dès l’instant de sa conception, possède un patrimoine génétique propre.
b/ Fondée sur les exigences de la raison, l’éthique est en mesure d’affirmer que l’embryon humain n’est pas qu’une « cathédrale de molécules » mais un être dont la dignité est pourvue de droits inaliénables.
c/ La foi chrétienne proclame sans ambages sa volonté ferme de servir en toute circonstance la dignité humaine, dignité comportant une grandeur sacrée, celle d’être à « l’image et à la ressemblance » d’un Créateur qui est « Lumière et Amour ».
B/ Importance du dialogue au sein d’une société cherchant ses repères
Pour autant que cela dépende d’elle, l’Église catholique, encouragée par le concile Vatican II, a le souci permanent de promouvoir dans toutes les directions des dialogues constructifs afin d’approfondir sans cesse la vérité de l’homme et de faciliter ainsi une juste compréhension des droits et devoirs de la personne humaine. C’est pourquoi, et je suis heureux de l’affirmer à nouveau, l’initiative qui, ce soir, aboutit à notre rencontre, me remplit d’espérance.
C/ Le dialogue de l’Église catholique avec le Téléthon est un dialogue de grande portée.
Comme chacun sait, une des qualités d’un dialogue en vérité est la loyauté et la franchise. Afin que le dialogue soit plus fructueux, il me paraît important de rappeler les points suivants :
a/ L’Église catholique se réjouit de tout progrès médical permettant, dans le respect de la dignité humaine, de soulager la souffrance et de conduire, autant que possible, à la guérison. A ce sujet, il me semble opportun de souligner qu’au cours des siècles, et de bien des manières, l’Église catholique n’a cessé de témoigner d’une vraie compassion à l’égard de ceux qui souffrent. Qui peut en douter ? De même, l’Église catholique a souvent manifesté sa volonté inébranlable de servir de mieux en mieux les petits, les pauvres ainsi que ceux qui se trouvent dans le besoin. A titre d’exemple et au risque de faire des choix trop limités, qu’il me soit permis de citer ce soir l’oeuvre extraordinaire qu’ont été, au Puy, dans le passé, l’Hôtel-Dieu et l’Hôpital général et, aujourd’hui, la maison d’accueil des soeurs de Saint François ainsi que la structure d’accueil appelée « Mambré »…
b/ Au nom de la défense d’une dignité à laquelle la foi chrétienne confère une grandeur nouvelle, l’Église catholique, avec le soutien d’heureuses et nombreuses collaborations assurées par des hommes et des femmes de bonne volonté, est fermement décidée à servir toujours mieux une dignité humaine dont nous savons, par ailleurs, qu’elle demeure aujourd’hui menacée comme -hélas- cela fut trop souvent le cas dans le passé. C’est pourquoi la foi chrétienne s’interdit de considérer l’être humain comme un objet. Ajoutons que le souvenir de tragiques dérives du XXe siècle invite ceux qui ont à coeur d’assurer l’avenir de nos sociétés, à demeurer aujourd’hui plus que jamais vigilants.
c/ Le Téléthon bénéficie d’une couverture médiatique exceptionnelle. Il reçoit, par conséquent, des fonds considérables facilitant la mise en oeuvre de ses ambitions. Malheureusement, il n’en va pas de même d’associations non moins méritantes oeuvrant en des domaines où la souffrance est grande et les urgences évidentes, par exemple en ce qui concerne la trisomie 21 ou bien, en élargissant le périmètre des pathologies graves, en ce qui concerne diverses maladies génétiques frappant cruellement des enfants.
En vue de faciliter des choix qu’il appartient à chacun de faire en conscience, il est demandé aux associations d’être parfaitement claires sur leurs objectifs ainsi que sur l’utilisation précise des fonds collectés.
Dans le contexte actuel du fonctionnement du « Téléthon », et selon les dires de ses responsables, puisque les choix de l’association sont légaux, l’approche éthique relève seulement de l’appréciation individuelle. Cette identification du légal et de l’éthique est abusive. En effet, l’histoire du XXe nous rappelle, de manière tragique, à quoi a conduit, en certaines circonstances, une telle identification.
À mes yeux, il me paraît donc indispensable que les donateurs aient l’assurance que leur contribution ne servira jamais à des actions qu’ils jugent contraires à leurs convictions éthiques ou religieuses. Autrement dit, l’affectation des dons, doit — en toute justice, être conforme à des objectifs ouvertement affichés, et répondre aux choix mûrement pesés des donateurs. Par conséquent, il me paraît nécessaire que les donateurs, s’ils le désirent, puissent faire ce qu’on appelle « des dons fléchés ».
Conclusion
Je souhaite que le Téléthon concilie toujours mieux le respect de la dignité humaine et une recherche médicale qui ne peut, sous prétexte d’une fallacieuse efficacité, oublier cette dignité. Comme l’histoire nous le montre aussi, la recherche médicale, par d’incessants progrès, parvient à surmonter certains dilemmes en explorant plus avant des voies porteuses d’avenir et aussi pleinement respectueuses de la dignité de la personne humaine.
+ Henri Brincard,
Évêque du Puy-en-Velay
Source : http://catholique-lepuy.cef.fr/spip.php?article21
18:00 Publié dans Des évêques s'engagent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Téléthon, Evêque, Bioéthique
22 novembre 2007
Recherche embryonnaire : la France s’obstine dans l’absurdité scientifique, par Pierre-Olivier Arduin
LA LETTRE D'INFORMATION et d’analyse bioéthique du mois de novembre genethique.org revient sur l’inauguration par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de l’Institut des cellules souches embryonnaires I-Stem, sur le site du Genopole d’Évry. Le plus important laboratoire français d’expérimentation sur l’embryon a été créé par l’Association française contre les myopathies (AFM), l’Inserm et l’Université d’Evry, qui assurent également son financement. Son directeur, Marc Peschanski, a précisé que l’Institut a bénéficié d’un soutien de l’AFM « de 3,4 millions d’euros sur deux ans, ce qui a couvert la moitié de [ses] dépenses » (Les Echos du 25 septembre 2007). Genethique relève aussi que « le conseil d’administration de l’AFM s’est engagé sur les prochaines années, sous réserve du succès du Téléthon annuel, à doubler le montant des financements publics décrochés par le projet ».
Un partenariat a été noué avec un des trois centres français de DPI (diagnostic préimplantatoire) de manière à fournir certaines équipes d’I-Stem en embryons malades, ce qui confirme les liens troubles que peuvent entretenir entre elles les pratiques technoscientifiques, en l’occurrence le tri eugéniste des embryons et la recherche biomédicale.
Dérogation meurtrière
Cette disposition fut ajoutée à la demande de plusieurs chercheurs dans le décret du 6 février 2006 réglementant la loi bioéthique du 4 août 2004. À l’origine, le législateur a inscrit dans cette loi le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon tout en ouvrant un régime dérogatoire [1] concernant a posteriori les embryons surnuméraires congelés depuis plus de cinq ans et dépourvus de projet parental. Inutile de s’attarder sur cette absurdité : tenir en même temps que l’embryon doit être respecté pour autoriser aussitôt sa destruction. Le professeur Michel Schooyans parle de dérogation meurtrière pour qualifier cet exercice d’équilibriste aberrant.
Nous avons avec ce décret une première rupture conceptuelle avec l’esprit de la loi puisque les embryons défectueux peuvent être livrés a priori sans autre forme de procès aux chercheurs du fait même de leur maladie, étant par définition exclus de tout projet parental par le DPI. Le texte réglementaire reconnaît aussi que lorsqu’un couple met en œuvre une AMP, il peut lui être proposé « de consentir dans le même temps par écrit à ce que les embryons qui ne seraient pas susceptibles d’être transférés ou conservés fassent l’objet d’une recherche (art. R. 2151-4) ». Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune, fut le seul à l’époque à montrer le détournement de la loi qui gît dans cette précision : demander par avance et a priori aux parents leur consentement à abandonner certains de leurs embryons jugés de faible qualité biologique. On n’est plus très loin de l’intention première de créer des embryons in vitro à des fins de recherche, strictement prohibée par le droit français.
Nous ne reviendrons pas sur les transgressions éthiques que constituent toutes ces dispositions permettant de préparer les esprits à une libéralisation complète de la recherche sur l’embryon dans la loi de bioéthique qui sera révisée en 2009. C’est sur le non-sens scientifique de ces choix que nous voudrions à présent nous intéresser.
Un non-sens scientifique
D’abord l’impasse thérapeutique des cellules souches embryonnaires n’a plus besoin d’être démontrée. Concernant un hypothétique bienfait sur des malades, aucune publication de niveau international à se mettre sous la dent. Et pour cause, ces cellules sont caractérisées par une grande instabilité chromosomique au fil de leurs divisions, ce qui entraîne une possibilité accrue de développement de tumeurs. Fait totalement rédhibitoire, car aucun comité d’éthique hospitalier ne prendrait la responsabilité d’en permettre la greffe chez l’homme.
Le rapport du député Pierre-Louis Fagniez, actuel directeur de cabinet de Valérie Pécresse et lui-même favorable à une dépénalisation totale de la recherche et du clonage embryonnaires, n’a pu le passer sous silence : « Le risque de cancérogenèse après administration de cellules ES pourrait être proportionnel à leur capacité de prolifération […]. Le taux de cancers développés après injection de cellules ES est très élevé [2] ». Par ailleurs, la révélation par les médias français d’une publication dans la revue Nature Medecine du mois d’octobre 2006 montrant une expansion incontrôlée de neurones issus de cellules souches embryonnaires dans les cerveaux de souris a mis aux yeux et aux sus de tous les désillusions concernant ces entités cellulaires [3]. C’était une des premières fois qu’apparaissait de manière aussi crue dans l’espace public leur potentiel cancérigène.
Si ces faits ne semblent pas avoir émus les ministres de la Santé et de la Recherche ou les membres de l’Agence de biomédecine qui délivrent généreusement les accréditations de recherche sur l’embryon aux équipes françaises qui en font la demande [4], certains commencent à changer de fusil d’épaule. Parmi eux, de grands industriels, lesquels ne peuvent se permettre de faire les mauvais choix en matière de thérapies régénératrices étant données les sommes colossales qu’ils y investissent. Voici deux exemples révélateurs :
- L’Oréal a présenté début octobre au Congrès mondial de dermatologie de Buenos Aires ses découvertes concernant le poil. Celui-ci s’avère être un réservoir prodigieux de cellules souches adultes. Le directeur de la biologie de ce grand groupe, Bruno Bernard, explique que « dans le follicule pileux existe une niche spécifique où se trouvent des cellules souches de différents types capables de régénérer la plupart des tissus du corps humain » (Les Echos, 25 octobre). Ces capacités prodigieuses seraient tout simplement dues au mode de renouvellement de ce tissu particulier de l’organisme humain qui dégénère et se régénère périodiquement à partir de ses propres cellules souches.
- Le groupe LVMH-Recherche se décide lui aussi pour l’alternative des cellules non embryonnaires. Le symposium qu’il a organisé à Paris le 20 septembre 2007 a réuni nombre d’experts mondiaux en médecine régénératrice. Impossible de tous les citer. Je retiendrai l’intervention du professeur Walter, chef de service de cardiologie à Frankfort, qui a montré que les cellules souches de moelle osseuse amélioraient de manière étonnante les fonctions cardiaques de malades souffrant d’infarctus, d’ischémie des membres, de thromboses. Nos voisins outre-Rhin sont d’ailleurs passés maîtres dans la thérapie des maladies cardiovasculaires par autogreffe de cellules souches. Autre conférence passionnante : la présentation par une équipe californienne dirigée par le docteur Sharma des cellules souches amniotiques humaines obtenues après un accouchement à terme chez des mères ayant donné leur consentement. Ces cellules, baptisées HAMSCs, peuvent se différentier, à l’instar des cellules embryonnaires, en tous les tissus de base d’un organisme humain. Leur découverte avait été saluée en début d’année par le Vatican.
Par ailleurs, après l’idéologie rampante qui a parasité les débats des Journées parlementaires de la bioéthique de février 2007, des responsables politiques ne se résignent plus au conformisme ambiant. J’en veux pour preuve la tenue ce jeudi 22 novembre d’un colloque au Palais du Luxembourg à l’initiative du sénateur de Paris Marie-Thérèse Hermange, et placé sous le haut patronage de Christian Poncelet, président du Sénat. Parmi les intervenants, une équipe de Milan très critique sur les cellules souches amniotiques. De même, l’exposé sur la découverte récente des cellules souches de cordon ombilical, et les travaux des Britanniques McGuckin et Forraz du Newcastle Center for Cord Blood : après avoir obtenu des mini-foies en cultivant ces cellules grâce à une technique révolutionnaire de micro-gravitation issue de la Nasa, les chercheurs ont présenté des cellules qui ont un profil biocellulaire comparable à leurs consoeurs embryonnaires. Leur dernière publication porte sur la différentiation exceptionnelle de ces cellules en cellules pancréatiques productrices d’insuline, résultats qui ouvrent de grands espoirs dans le traitement du diabète insulinodépendant.
Il était encore inimaginable il y a encore cinq ans espérer trouver une telle pluripotence chez des cellules non embryonnaires. Leur contribution au débat sur l’instauration de banques semi-publiques semi-privées permettant de stocker des cellules souches de cordon est essentielle tant il est notoire que la France a accumulé un retard impardonnable dans ce domaine.
Séisme éthique
Mais le séisme éthique de cette semaine fut la prise de position courageuse du chercheur écossais Ian Wilmut, bien connu pour avoir été le premier scientifique à cloner un mammifère en 1996, la fameuse brebis Dolly. Le 19 novembre 2007, il a renoncé publiquement à travailler sur les cellules souches embryonnaires et la technique du clonage dit scientifique, alors même qu’il avait reçu toutes les accréditations nécessaires de la part des autorités britanniques. Il a estimé que ces pratiques étaient désormais dépassées au regard d’une découverte majeure pour la biologie cellulaire actuelle.
En effet, l’équipe japonaise conduite par le professeur Yamanaka de la Faculté de Kyoto a réussi à reprogrammer des cellules issues de patients en cellules souches pluripotentes ayant les mêmes caractéristiques de différentiation que les cellules embryonnaires (Cell, 20 novembre 2007). Cette étude novatrice est confirmée par le savant américain James Thomson, de l’Université du Wisconsin, de renommée internationale puisque c’est lui qui a découvert les cellules souches issues de l’embryon en 1998 (Science, 20 novembre 2007). L’importance de cette découverte dans ce champ de la biomédecine est énorme puisque les cellules souches obtenues ont le même code génétique que le malade, écartant tout risque de rejet immunitaire. Jean-Claude Ameisen, président du comité éthique de l'Inserm, a aussitôt déclaré que « le travail de Yamanaka, véritable révolution scientifique, prouve qu'il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu'on ne le pensait […]. Avec cette technique, on ne peut plus dire : "il n'y a pas moyen de faire autrement." ». Sous-entendu : continuer dans le tout embryon.
Ce décalage démesuré que nous venons de mettre en lumière sur le plan des avancées scientifiques et des perspectives médicales remet lourdement en cause les décisions d’autorisation de protocoles de recherche par l’Agence de biomédecine. Car il est bien stipulé dans le corpus de la législation que la dépénalisation des recherches sur l’embryon est assortie de deux dispositions cumulatives : « À la condition d’être susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et à la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable, en l’état des connaissances scientifiques [5]. »
Devant les avancées majeures que la communauté scientifique enregistre dans le domaine en pleine expansion des cellules souches non embryonnaires, certains juristes spécialistes du droit de la santé et de la bioéthique évoquent à mots couverts un possible recours pour illégalité des autorisations émises par l’Agence de la biomédecine. Ou à tout le moins la possibilité de demander aux ministres de la Recherche et de la Santé ainsi qu’au conseil d’orientation de l’Agence de la biomédecine de suspendre toute nouvelle autorisation de protocole d’expérimentation sur l’embryon humain. D’ailleurs, ce conseil d’orientation a l’obligation par décret d’actualiser ses connaissances médicales et scientifiques, de juger de la pertinence des recherches qui lui sont soumises et de peser les intérêts en termes de santé publique.
Ne faut-il pas remettre en cause le fonctionnement en vase clos d’une institution sur laquelle le politique n’a guère de prise ? À quand une plainte des associations de malades contre l’État pour non application de la loi du 4 août 2004 ?
*Pierre-Olivier Arduin a publié La Bioéthique et l’Embryon Quels enjeux après la controverse du Téléthon ? (Ed. de l’Emmanuel, 2007)
[1] Code de la santé publique, art. L. 2151-5, premier alinéa.
[2] P.-L. Fagniez, Cellules souches et choix éthiques, Rapport au Premier ministre, La Documentation française, 2006, p. 56.
[3] Le Figaro, 24 octobre 2006 et Le Quotidien du médecin, 25 octobre 2006.
[4] Agence de la biomédecine, 30 autorisations de recherche données à 14 équipes, Rapport annuel d’activité 2006.
[5] Code de la santé publique, art. L. 2151-5, troisième alinéa.
18:15 Publié dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Bioéthique, embryon, recherche, Téléthon
Un livre du député J.-Fr. Poisson, "Bioéthique : l'homme contre l'Homme ?"
Député des Yvelines, Jean-Frédéric Poisson est un des rares parlementaires à savoir de quoi il parle à propos de bioéthique. Mieux, philosophe, il a soutenu une thèse à la Sorbonne montrant que la "bio-éthique" en elle-même n'avait de sens que si elle était "ethique", tout simplement : pourquoi y aurait-il des éthiques à géométrie variable, selon leur objet ? On voit la dérive : le bien et le mal moral vous concernant ne seraient pas les mêmes, selon que vous vivez avant ou après la naissance...
Il nous livre dans son derner essai une analyse critique des actes de prise en charge médicale de tous les grands moments de la vie. Rassemblées donc sous le nom de « bioéthique », ces pratiques ne posent pas que des problèmes d'ordre juridique et médical : elles mettent aussi en cause la notion même de « personne humaine » sans le dire ouvertement. L'auteur met ainsi le lecteur face à un véritable débat philosophique.
Avec rigueur, il recense les différentes pratiques médicales contemporaines concernées, telles que la procréation médicalement assistée, l'euthanasie... L'utilisation récente de « bébés-médicaments » ne constitue-t-elle pas une forme inquiétante d'eugénisme ? Que penser de la loi bioéthique d'août 2004, qui redéfinit la mort cérébrale et permet ainsi aux transplanteurs le prélèvement d'organes chez les patients décédés mais à coeur battant ? Partant des faits d'actualité les plus récents, il met en lumière les enjeux qu'ils soulèvent et l'obligation d'un choix éthique qui en découle : tout ne doit pas être accepté.
Jean-Frédéric Poisson aborde la bioéthique d'une façon radicalement nouvelle : son analyse philosophique part non pas des principes de la bioéthique, mais de la pratique de la médecine. C'est pourquoi ce livre s'adresse aussi bien aux spécialistes et aux juristes qu'aux parents ou aux étudiants. Chacun est ainsi amené à s'interroger sur la place à donner à la science et à la médecine dans le monde de demain.
Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines depuis juillet 2007, a 44 ans. Titulaire d'un doctorat en philosophie, il se lance dans l'enseignement avant d'entrer en politique en 1993 comme spécialiste des questions bioéthiques. Adjoint au maire de Rambouillet (dont il fut maire de 2004 à 2007), il dirige également un cabinet de conseil en organisation et management. Il est l'auteur du Mythe bioéthique (Bassano, 2000) de Bioéthique, Éthique et Humanisme (Editions hospitalières, 2003) et de La Dignité humaine (Éditions hospitalières, 2004).
■ Presses de la renaissance, octobre 2007, 238 pages, 19 €
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12:05 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Bioéthique, embryon, médecine



