07 décembre 2007

La conscience des cathos à l’épreuve

Pour de nombreux observateurs, la controverse de 2006 sur l’emploi des fonds recueillis par le Téléthon, a porté ses fruits. Mais chez beaucoup, la conscience est encore troublée, avec ou sans remords, comme le révèle une enquête de La Croix.

D'ores et déjà, le ton a changé a noté Jean-Yves Nau, le chroniqueur médical du Monde. Pour le professeur Jacques Testard, qui critique pourtant la position de l’Église, « rien ne sera plus comme avant ». Chez les catholiques, justement, même remarque. Dans l’édition du jour de La Croix, l’homme par qui le scandale est arrivé se félicite. Voici ce que déclare Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de Toulon :

« Pour nous, l’impact est très positif. C’est un réveil des consciences. Notre but n’était pas de faire baisser les dons du Téléthon, mais d’alerter les consciences sur des problèmes très graves. Les autorités morales de l’Eglise se sont emparées du sujet, des personnalités politiques et éthiques ont commencé à s’exprimer sur la question. » 

Le quotidien a enquêté : des chrétiens ont pris conscience du danger. Christophe Creusat, président des AFC de la Meuse et médecin, explique :

« Au début, je trouvais cette idée de collecte nationale intéressante, très généreuse, et on a acheté des bougies. Mais parce qu’on a commencé à parler de tri des individus sur leurs gènes, je n’ai pas envoyé de chèque. En tant que médecin, je ne pourrais pas accompagner mes malades myopathes ou trisomiques tout en ayant donné de l’argent pour qu’ils ne soient pas là. Je donnerais au Téléthon si cette organisation s’engageait dans une charte à ne pas affecter cet argent dans le sens que je désapprouve. »

Le responsable du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) à Nantes, René Ridel, estime lui non plus ne pas pouvoir soutenir les moyens mis en œuvre par l’AFM : « L’Évangile dit “Quand tu fais l’aumône, fais le discrètement”, souligne ce militant catholique. Avec le Téléthon, on est plutôt dans le pain et les jeux.» Par souci de « cohérence », ses dons iront au Secours catholique.

En revanche, l’enquête du journal catholique met en évidence (sans prendre position) la confusion relativiste qui imprègne les esprits. Sous l’autorité de la commission « Éthique et Foi » du diocèse, telle école de la Somme est « sortie du dilemme » en partageant ses dons entre le Téléthon et la Fondation-Lejeune. « Maintenant on y voit beaucoup plus clair », explique sans rire le diacre responsable de la commission.

25d09a4f1d5ef1695d37d61bcdffa7e5.jpgChez d’autres, on est « contre l’eugénisme », mais on « ne focalise pas sur la question des embryons ». Et certains mouvements catholiques n’ont pas d’états d’âme. Les Scouts et Guides de France, partenaires historiques du Téléthon, rempilent cette année comme un seul homme. « On a envie d’être fidèles », explique-t-on à Montpellier : « S’il doit avoir lieu, le débat doit être mené “ailleurs”, avec les parlementaires. »

Quant à lui, Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen et président du Conseil des affaires familiales et sociales, il appelle au respect de la liberté de conscience des catholiques, mais sans donner d’éclairage particulier. Que pense-t-il du fléchage des dons, que l’AFM refuse catégoriquement ? « Je me suis rendu compte que c’était plus complexe que je ne le pensais. Même si cela ne veut pas dire que nous ne reposerons pas la question. » Il a noté que l’AFM, dont il a rencontré les dirigeants, était prête à « poursuivre l’échange ».

 

Source : La Croix, 7 décembre 2007 

Commentaires

Les catholiques amis qui continuent à donner pour le téléthon m'objectent le plus souvent que les fonds affectés aux recherches sur l'embryon ne concernent que 3 % du total collecté. Est-ce qu'un criminel, qui n'a tué qu'une fois, n'est pas condamné très naturellement alors que ce fait ne concerne qu'une portion infime de tous les actes accomplis durant sa vie ?
La morale n'est pas satisfaite par la valeur des autres actions que je fais ou ai pu faire par ailleurs. Le telethon ne peut pas être innocenté du fait que son dérapage moral ne concerne que 3 % de son action. Par contre je peux me réjouir de ce qu'il est possible de le sauver en supprimant ces seuls 3 % de moralement mauvais.

Ecrit par : Alain de l'Eprevier | 08 décembre 2007

Un embryon humain ne doit être ni instrumentalisé, ni tué, car c'est un être humain à ses débuts. Le bon sens le savait depuis longtemps. Maintenant la science le prouve. Le mépris de l'embryon, c'est le mépris de l'HOMME. On peut aller ainsi jusqu'à détruire l'humanité.

Ecrit par : GUILLAME | 08 décembre 2007

Je crois que dans cette affaire, les catholiques ont un choix évident qui est de donner à la Fondation Lejeune qui elle fait sans conteste de la recherche pour guérir des maladies génétiques et non pour éliminer les malades.

Ecrit par : Carrard | 08 décembre 2007

Un grand merci à tous ceux qui oeuvrent dans le sens du respect de la vie "de la conception jusqu'à la mort naturelle" comme nous le rappelle l'Eglise dans sa grande sagesse.
La conscience des catholiques a besoin d'être éclairée, en permanence, sur des sujets aussi graves que celui du respect de l'embryon, ou de la personne en fin de vie. A mon avis, à part quelques évêques ou prélats courageux qui osent parler en vérité, beaucoup d'autres préfèrent le silence ou une attitude de compromis qui n' explique rien!

Saluons au passage la clarté avec laquelle s'est exprimé Mgr d'Ornellas, dans Ouest France du 06/12/07 qui consacre presqu'une page au sujet:
"Faut-il utiliser l'embryon pour la recherche?"
Après une explication, assez raccourcie mais posant bien la question des cellules souches, O.F. donne la parole à Jacques Samarut, Dr adjoint de l'Ecole normale supérieure de Lyon, qui dirige un groupe de recherche sur les cellules souches embryonnaires animales.
Pour lui, "l'embryon humain, au stade où l'on prélève les cellules souches, n'est qu'un sac d'une quinzaine de cellules, sans la moindre organisation." La recherche sur les cellules embryonnaires humaines ne pose donc pas de problème éthique...et on ne saurait s'en passer.

Mgr d'Ornellas, archevêque de Rennes, réaffirme au contraire avec force que "l'embryon n'est pas un objet et doit être traité comme une personne humaine". D'ailleurs ajoute-t-il, "les découvertes scientifiques continuent à donner raison à cette pensée, puisqu'il y a une continuité dans le développement de l'embryon, et un principe d'organisation cellulaire qui est invariable." Si l'embryon est considéré comme une personne humaine, il est clair qu'il "ne peut pas être utilisé comme un objet pour la recherche".

OF souligne que l'an dernier, plusieurs évêques étaient montés au créneau contre le téléthon, sans effet sur la générosité des français...
Peut-être mais un débat s'est instauré et va se poursuivre... Le but de l'Eglise catholique, comme le rappelle Mgr d'Ornellas, n'est pas de jeter le discrédit sur le téléthon, mais d'amener chacun à réfléchir sur l'utilisation des cellules embryonnaires. Et donc sur la nature de l'embryon humain qui ne peut changer suivant qu'il y a un projet parental ou pas. La loi actuelle sur la bioéthique, devrait donc être modifiée conclut Mgr d'Ornellas qui salue les chercheurs tenant compte d'un point capital de l'éthique: respect inviolable dû à l'embryon humain.
"Les catholiques se doivent d'être généreux, mais leur générosité sera d'autant plus grande qu'elle sera réfléchie et consciente."

Ecrit par : Francine Chollet | 10 décembre 2007

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